31.08.2005
Au coeur de la Foi
Voici enfin de mes nouvelles après un long temps d'absence. Dans la précipitation de la rentrée, je voudrais cependant partager avec vous la belle expérience spirituelle que j'ai connu à Cologne. Mon coeur avait soif de Dieu, je ressentais en moi ce profond désir du Christ alors même qie je traverse un moment difficile de sécheresse et de doute dans ma foi. J'ai fait l'expérience d'un Dieu inattendu. Le Dieu qui ne se révèle pas dans la tempête mais dans la brise (cf Isaïe). Ce Dieu caché dans l'Hostie, humble, à l'image de l'Enfant de la Crèche que les Mages, à la suite desquels nous étions partis, sont venus adorer. Le Dieu qui m'a une fois de plus donné de le retrouver par la rencontre fraternelle avec un frère dans la foi. J'ai en effet rencontré un jeune prêtre sénégalais avec qui j'ai pu parler de ma vie spirituelle. Enfin, je dois le dire, j'ai été marqué par le pape Benoît XVI.
Oui j'étais parti avec des préjugés et du ressentiment, légitime face aux paroles qu'il a pu avoir sur les gays. Mais en fin de compte j'ai appris à passer outre pour entrer en profondeur dans les messages qu'ils nous a adressés. Je vais joindre dans le message suivant, les deux homélies qu'il nous a données, mais avant tout j'aimerais saluer la profondeur et l'humilité du pape Benoît.

Par la simplicité et la douceur qui rayonnaient de sa personne, ils nous a livré un bel exemple de vie chrétienne. Une vie qui doit s'enraciner dans la prière et l'intériorité pour mieux rayonner et servir l'autre. Ses deux sermons, à son image, nous demandaient en filigrane de faire le pas de l'intériorité et d'une existence greffée sur le Christ. Un défi qui vaut la peine d'être relevé pour vivre en Homme debout, pour vivre du Bonheur et de la Joie parfaite que le Christ nous promet non seulement dans son Royaume mais aussi au coeur de nos vies qui sont déjà expériences du Royaume.
Georges Bernanos, un de mes écrivains favoris, qui a d'ailleurs inspiré Benoît XVI pour une de ses homélies nous a donné ce très beau témoignage qui peut résumer l'essence du message des JMJ et nous introduire dans les paroles du Pape.
On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs mais de saints.
[Bernanos met les paroles suivantes dans la bouche du Christ :]
« Dès le commencement mon Église a été ce qu’elle est encore, ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi. Oui, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on ne le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire - plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les mages et les bergers.
Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés, jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire : une étoile et un cœur pur »
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Apprenons le style de Dieu
Allocution du Pape Benoît à l'occasion de la veillée du Samedi 20 août 2005.
"Nous faisons précisément l'expérience, ici, à Cologne, du fait qu'il est beau d'appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l'avenir, et toutes les parties de la terre. Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ, nous marchons avec l'étoile qui éclaire l'histoire."
Chers jeunes !
Dans notre pèlerinage avec les mystérieux Mages d’Orient, nous sommes arrivés au moment que saint Mathieu, dans son Évangile, décrit ainsi: «En entrant dans la maison (sur laquelle l’étoile s’était arrêtée), ils virent l’enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2, 11). Le cheminement extérieur de ces hommes était achevé. Ils étaient parvenus à leur but. Mais, à ce point, commence pour eux un nouveau cheminement, un pèlerinage intérieur qui change toute leur vie, parce qu’ils avaient sûrement imaginé ce Roi nouveau-né d’une manière différente. Ils s’étaient précisément arrêtés à Jérusalem pour recueillir auprès du Roi local des informations sur le Roi promis qui venait de naître. Ils savaient que le monde était désordonné, et c’est pourquoi leur cœur était inquiet. Ils étaient certains que Dieu existait et qu’il était un Dieu juste et bienveillant. Et peut-être avaient-ils entendu parler des grandes prophéties dans lesquelles les prophètes d’Israël annonçaient un Roi qui serait en harmonie intime avec Dieu et qui, en son nom et pour son compte, rétablirait l’ordre dans le monde. Pour chercher ce Roi, ils s’étaient mis en route: , au plus profond d’eux-mêmes ils étaient à la recherche du droit, de la justice qui devait venir de Dieu, et ils voulaient servir ce Roi, se prosterner à ses pieds et ainsi contribuer eux-mêmes au renouveau du monde. Ils appartenaient à cette sorte de gens «qui ont faim et soif de la justice» (Mt 5, 6). Une telle faim et une telle soif les avaient accompagnés dans leur pèlerinage – ils s’étaient fait pèlerins à la recherche de la justice qu’ils attendaient de Dieu, pour pouvoir se mettre à son service.
Même si les autres personnes, celles qui étaient restées chez elles, les considéraient peut-être comme des utopistes et des rêveurs – ils étaient au contraire des personnes qui avaient les pieds sur terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi. Maintenant, ils se prosternent cependant devant un enfant de pauvres gens, et ils en viennent rapidement à savoir que, fort de son pouvoir, Hérode – le Roi auprès duquel ils s’étaient rendus – avait l’intention de le poursuivre, en sorte qu’il ne resterait plus à la famille que la fuite et l’exil. Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l’enfant et où ils le reconnurent comme le Roi promis. Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser.
Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient: le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions. Dieu n’a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d’anges pour l’aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix – et ensuite continuellement au cours de l’histoire – succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu. Dieu est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu.
Ils étaient venus pour se mettre au service de ce Roi, pour conformer leur royauté à la sienne. Telle était la signification de leur geste de déférence, de leur adoration. Leurs présents – or, encens et myrrhe –, dons qui s’offraient à un Roi considéré comme divin, en faisaient aussi partie. L’adoration a un contenu et comporte aussi un don. Voulant par leur geste d’adoration reconnaître cet enfant comme leur Roi, au service duquel ils entendaient mettre leur pouvoir et leurs capacités, les hommes provenant d’Orient suivaient assurément les traces justes. En le servant et en le suivant, ils voulaient, avec Lui, servir la cause de la justice et du bien dans le monde. Et en cela, ils avaient raison. Maintenant, ils apprennent cependant que cela ne peut se réaliser simplement en donnant des ordres et du haut d'un trône. Maintenant, ils apprennent qu'ils doivent se donner eux-mêmes – un don moindre que celui-là ne suffit pas pour ce Roi. Maintenant, ils apprennent que leur vie doit se conformer à cette façon divine d'exercer le pouvoir, à cette façon d'être de Dieu lui-même. Ils doivent devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté du pardon, de la miséricorde. Ils ne poseront plus la question: à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question: avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes et ainsi à se trouver eux-mêmes. Quittant Jérusalem, ils doivent demeurer sur les traces du vrai Roi, à la suite de Jésus.
Chers amis, nous nous demandons ce que tout cela signifie pour nous. Car ce que nous venons de dire sur la nature différente de Dieu, qui doit orienter notre vie, sonne bien, mais reste plutôt indéfini et vague. C'est pourquoi Dieu nous a donné des exemples. Les Mages venant d'Orient sont seulement les premiers d'un long cortège d'hommes et de femmes qui, dans leur vie, ont constamment cherché du regard l'étoile de Dieu, qui ont cherché le Dieu qui est proche de nous, les êtres humains, et qui nous indique la route. C'est le grand cortège des saints – connus ou inconnus –, par lesquels le Seigneur, tout au long de l'histoire, a ouvert devant nous l'Évangile et en a fait défiler les pages; c'est la même chose qu'il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l'Évangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l'histoire, a tracé et trace encore. Mon vénéré Prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, a béatifié et canonisé une grande foule de personnes, de périodes lointaines et récentes. Par ces figures, il a voulu nous montrer comment il faut faire pour être chrétien; comment il faut faire pour mener sa vie de manière juste – pour vivre selon le mode de Dieu. Les bienheureux et les saints ont été des personnes qui n'ont pas cherché obstinément leur propre bonheur, mais qui ont simplement voulu se donner, parce qu'ils ont été touchés par la lumière du Christ. Ils nous montrent ainsi la route pour devenir heureux, ils nous montrent comment on réussit à être des personnes vraiment humaines. Dans les vicissitudes de l'histoire, ce sont eux qui ont été les véritables réformateurs qui, bien souvent, ont fait sortir l'histoire des vallées obscures dans lesquelles elle court toujours le risque de s'enfoncer à nouveau; ils l'ont illuminée chaque fois que cela était nécessaire, pour donner la possibilité d'accepter – parfois dans la douleur – la parole prononcée par Dieu au terme de l'œuvre de la création: «Cela est bon». Il suffit de penser à des figures comme saint Benoît, saint François d'Assise, sainte Thérèse d'Avila, saint Ignace de Loyola, saint Charles Borromée, aux fondateurs des Ordres religieux du dix-neuvième siècle, qui ont animé et orienté le mouvement social, ou aux saints de notre temps – Maximilien Kolbe, Édith Stein, Mère Teresa, Padre Pio. En contemplant ces figures, nous apprenons ce que signifie «adorer», et ce que veut dire vivre selon la mesure de l'Enfant de Bethléem, selon la mesure de Jésus Christ et de Dieu lui-même.
Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l'exprimer de manière plus radicale encore: c'est seulement des saints, c'est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, nous avons vécu les révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains la cause du monde, pour en transformer la condition. Et nous avons vu que, ce faisant, un point de vue humain et partial était toujours pris comme la mesure absolue des orientations. L'absolutisation de ce qui n'est pas absolu mais relatif s'appelle totalitarisme. Cela ne libère pas l'homme, mais lui ôte sa dignité et le rend esclave. Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, qui est notre créateur, le garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai. La révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l'amour éternel. Qu'est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l'amour ?
Chers amis, permettez-moi d'ajouter seulement deux brèves pensées. Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la violence. Il est donc important de découvrir le vrai visage de Dieu. Les Mages d'Orient l'ont trouvé quand ils se sont prosternés devant l'enfant de Bethléem. «Celui qui m’a vu a vu le Père», disait Jésus à Philippe (Jn 14, 9). En Jésus Christ, qui, pour nous, a permis que son cœur soit transpercé, en Lui, est manifesté le vrai visage de Dieu. Nous le suivrons avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés. Alors, nous cheminerons sur le juste chemin.
Cela veut dire que nous ne nous construisons pas un Dieu privé, un Jésus privé, mais que nous croyons en Jésus et que nous nous prosternons devant Lui, devant ce Jésus qui nous est révélé par les Saintes Écritures et qui, dans la grande foule des fidèles appelée Église, se révèle vivant, toujours avec nous, en même temps toujours devant nous. On peut beaucoup critiquer l'Église. Nous le savons, et le Seigneur lui-même nous l'a dit: elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l'ivraie. Le Pape Jean-Paul II, qui, dans les nombreux saints qu'il a proclamés, nous a montré le vrai visage de l'Église, a aussi demandé pardon pour ce que, dans le cours de l'histoire, en raison de l'action et de la parole d'hommes d'Église, s'est produit de mal. De cette manière, il nous a aussi fait voir notre vraie image et il nous a exhortés à entrer avec tous nos défauts et toutes nos faiblesses dans le cortège des saints, qui a commencé avec les Mages d'Orient. En définitive, que l’ivraie existe dans l'Église est consolant. Ainsi, avec tous nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver encore à la suite de Jésus, qui a précisément appelé les pécheurs. L'Église est comme une famille humaine, mais elle est aussi, en même temps, la grande famille de Dieu, par laquelle Il forme un espace de communion et d'unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations. Nous sommes donc heureux d'appartenir à cette grande famille; nous sommes heureux d'avoir des frères et des amis dans le monde entier. Nous faisons précisément l'expérience, ici, à Cologne, du fait qu'il est beau d'appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l'avenir, et toutes les parties de la terre. Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ, nous marchons avec l'étoile qui éclaire l'histoire.
«En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2, 11). Chers amis, il ne s'agit pas d'une histoire lointaine, survenue il y a très longtemps. Il s'agit d'une présence. Ici, dans la sainte hostie, Il est devant nous et au milieu de nous. Comme en ce temps-là, il se voile mystérieusement dans un silence sacré et, comme en ce temps-là, se dévoile précisément le vrai visage de Dieu. Il s'est fait pour nous le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte du fruit jusqu'à la fin du monde (cf. Jn 12, 24). Il est présent comme en ce temps-là à Bethléem. Il nous invite au pèlerinage intérieur qui s'appelle adoration. Mettons-nous maintenant en route pour ce pèlerinage de l'esprit et demandons-lui de nous guider.
Amen.
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Montrez le Christ au Monde !
Homélie du Pape Benoît XVI lors de la Messe de clôture des XX èmes Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne, le dimanche 21 août 2005,
Chers jeunes !
Devant la sainte Hostie, dans laquelle Jésus s’est fait pour nous pain qui soutient et nourrit notre vie de l’intérieur (cf. Jn 6, 35), nous avons commencé hier soir le cheminement intérieur de l’adoration. Dans l’Eucharistie, l’adoration doit devenir union. Dans la Célébration eucharistique, nous nous trouvons en cette “heure” de Jésus dont parle l’Évangile de Jean. Grâce à l’Eucharistie son “heure” devient notre heure, sa présence au milieu de nous. Avec ses disciples, Il a célébré la cène pascale d’Israël, le mémorial de l’action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de l’esclavage à la liberté. Jésus suit les rites d’Israël. Il récite sur le pain la prière de louange et de bénédiction. Mais ensuite, se produit quelque chose de nouveau. Il ne remercie pas Dieu seulement pour ses grandes œuvres du passé; il le remercie pour sa propre exaltation, qui se réalisera par la Croix et la Résurrection, et il s’adresse aussi aux disciples avec des mots qui contiennent la totalité de la Loi et des Prophètes: “Ceci est mon Corps donné pour vous en sacrifice. Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon Sang”. Il distribue alors le pain et le calice, et en même temps il leur confie la mission de redire et de refaire toujours de nouveau en sa mémoire ce qu’il est en train de dire et de faire en ce moment.
Qu’est ce qui est en train de se passer? Comment Jésus peut-il donner son Corps et son Sang? Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe sa mort, il l’accepte au plus profond de lui-même et il la transforme en un acte d’amour. Ce qui de l’extérieur est une violence brutale, devient de l’intérieur l’acte d’un amour qui se donne totalement. Telle est la transformation substantielle qui s’est réalisée au Cénacle et qui visait à faire naître un processus de transformations, dont le terme ultime est la transformation du monde jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28).

Depuis toujours, tous les hommes, d’une manière ou d’une autre, attendent dans leur cœur un changement, une transformation du monde. Maintenant se réalise l’acte central de transformation qui est seul en mesure de renouveler vraiment le monde: la violence se transforme en amour et donc la mort en vie. Puisque cet acte change la mort en amour, la mort comme telle est déjà dépassée au plus profond d’elle-même, la résurrection est déjà présente en elle. La mort est, pour ainsi dire, intimement blessée, de telle sorte qu’elle ne peut avoir le dernier mot. Pour reprendre une image qui nous est familière, il s'agit d’une fission nucléaire portée au plus intime de l’être – la victoire de l’amour sur la haine, la victoire de l’amour sur la mort. Seule l’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et ne sauvent pas. C’est pourquoi nous parlons de rédemption: ce qui du plus profond était nécessaire se réalise, et nous pouvons entrer dans ce dynamisme. Jésus peut distribuer son Corps, parce qu’il se donne réellement lui-même.
Cette première transformation fondamentale de la violence en amour, de la mort en vie, entraîne à sa suite les autres transformations. Le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang. Cependant, la transformation ne doit pas s’en arrêter là, c'est plutôt à ce point qu'elle doit commencer pleinement. Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous mangent l’unique pain, mais cela signifie qu’entre nous nous devenions une seule chose. L’adoration, avons-nous dit, devient ainsi union. Dieu n’est plus seulement en face de nous, comme le Totalement autre. Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir de nous, elle veut se propager aux autres et s’étendre au monde entier, pour que son amour devienne réellement la mesure dominante du monde. Je trouve une très belle allusion à ce nouveau pas que la dernière Cène nous pousse à faire dans les différents sens que le mot “adoration” a en grec et en latin. Le mot grec est proskynesis. Il signifie le geste de la soumission, la reconnaissance de Dieu comme notre vraie mesure, dont nous acceptons de suivre la règle. Il signifie que liberté ne veut pas dire jouir de la vie, se croire absolument autonomes, mais s’orienter selon la mesure de la vérité et du bien, pour devenir de cette façon, nous aussi, vrais et bons. Cette attitude est nécessaire, même si, dans un premier temps, notre soif de liberté résiste à une telle perspective. Il ne sera possible de la faire totalement nôtre que dans le second pas que la dernière Cène nous entrouvre. Le mot latin pour adoration est ad-oratio – contact bouche à bouche, baiser, accolade et donc en définitive amour. La soumission devient union, parce que celui auquel nous nous soumettons est Amour. Ainsi la soumission prend un sens, parce qu’elle ne nous impose pas des choses étrangères, mais nous libère à partir du plus profond de notre être.
Revenons encore à la dernière Cène. La nouveauté qui s’y est produite, résidait dans la nouvelle profondeur que prenait l’ancienne prière de bénédiction d’Israël, qui devient alors la parole de la transformation et nous donne à nous de participer à l’heure du Christ. Jésus ne nous a pas donné la mission de répéter la Cène pascale, qui, du reste, en tant qu’anniversaire, ne peut pas se répéter à volonté. Il nous a donné la mission d’entrer dans son “heure”. Nous y entrons grâce à la parole qui vient du pouvoir sacré de la consécration – une transformation qui se réalise par la prière de louange, qui nous met en continuité avec Israël et avec toute l’histoire du salut, et qui en même temps nous donne la nouveauté vers laquelle cette prière tendait par sa nature la plus profonde. Cette prière – appelée par l’Église “prière eucharistique” – constitue l’Eucharistie. Elle est parole de pouvoir, qui transforme les dons de la terre de façon tout à fait nouvelle en don de soi de Dieu et qui nous engage dans ce processus de transformation. C’est pourquoi nous appelons cet événement Eucharistie, traduction du mot hébraïque beracha – remerciement, louange, bénédiction, et ainsi transformation à partir du Seigneur: présence de son “heure”. L’heure de Jésus est l’heure où l’amour est vainqueur. En d’autres termes: c’est Dieu qui a vaincu, parce qu’il est l’Amour. L’heure de Jésus veut devenir notre heure et elle le deviendra, si nous-mêmes, par la célébration de l’Eucharistie, nous nous laissons entraîner dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L’Eucharistie doit devenir le centre de notre vie. Ce n’est ni positivisme ni soif de pouvoir, si l’Église nous dit que l’Eucharistie fait partie du dimanche. Au matin de Pâques, les femmes en premier, puis les disciples, eurent la grâce de voir le Seigneur. Depuis lors, ils surent que désormais le premier jour de la semaine, le dimanche, serait son jour à Lui, le jour du Christ. Le jour du commencement de la création devenait le jour du renouvellement de la création. Création et rédemption vont ensemble. C’est pour cela que le dimanche est aussi important. Il est beau qu’aujourd’hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre ou, qu’avec le samedi, il constitue même ce qu’on appelle le “week-end” libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n’y est pas présent.
Chers amis ! Quelquefois, dans un premier temps, il peut s’avérer plutôt mal commode de devoir prévoir aussi la Messe dans le programme du dimanche. Mais si vous en prenez l’engagement, vous constaterez aussi que c’est précisément ce qui donne le juste centre au temps libre. Ne vous laissez pas dissuader de participer à l’Eucharistie dominicale et aidez aussi les autres à la découvrir. Parce que la joie dont nous avons besoin se dégage d’elle, nous devons assurément apprendre à en comprendre toujours plus la profondeur, nous devons apprendre à l’aimer. Engageons-nous en ce sens – cela en vaut la peine! Découvrons la profonde richesse de la liturgie de l’Église et sa vraie grandeur: nous ne faisons pas la fête pour nous, mais c’est au contraire le Dieu vivant lui-même qui prépare une fête pour nous. En aimant l’Eucharistie, vous redécouvrirez aussi le sacrement de la Réconciliation, dans lequel la bonté miséricordieuse de Dieu permet toujours un nouveau commencement à notre vie.
Qui a découvert le Christ se doit de conduire les autres vers Lui. On ne peut garder pour soi une grande joie. Il faut la transmettre. Dans de vastes parties du monde, il existe aujourd’hui un étrange oubli de Dieu. Il semble que rien ne change même s’il n’est pas là. Mais, en même temps, il existe aussi un sentiment de frustration, d’insatisfaction de tout et de tous. On ne peut alors que s’exclamer: Il n’est pas possible que ce soit cela la vie! Non vraiment. Et alors conjointement à l’oubli de Dieu, il existe comme un “boom” du religieux. Je ne veux pas discréditer tout ce qu’il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère de la découverte. Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de “bricolage”, en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes.
Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route: Jésus Christ! Nous aussi, nous cherchons à le connaître toujours mieux pour pouvoir conduire les autres vers lui de manière convaincante. C’est pourquoi il est si important d’aimer la Sainte Écriture et, par conséquent, de connaître la foi de l’Église qui nous ouvre le sens de l’Écriture. C’est l’Esprit Saint qui guide l’Église dans sa foi en croissance, et c’est Lui qui l’a faite et qui la fait pénétrer toujours plus dans les profondeurs de la vérité (cf. Jn 16, 13). Le Pape Jean-Paul II nous a donné une œuvre merveilleuse, dans laquelle la foi des siècles est expliquée de façon synthétique: le Catéchisme de l’Église catholique. Moi-même, récemment, j’ai pu présenter l’Abrégé de ce Catéchisme, qui a été élaboré à la demande du Pape défunt. Ce sont deux livres fondamentaux que je voudrais vous recommander à tous.
Évidemment, les livres à eux seuls ne suffisent pas. Formez des communautés fondées sur la foi! Au cours des dernières décennies sont nés des mouvements et des communautés dans lesquelles la force de l’Évangile se fait sentir avec vigueur. Cherchez la communion dans la foi en étant ensemble des compagnons de route qui continuent à suivre le chemin du grand pèlerinage que les Mages d’Orient nous ont indiqué les premiers ! La spontanéité des nouvelles communautés est importante, mais il est aussi important de conserver la communion avec le Pape et avec les Évêques. Ce sont eux qui garantissent qu’on ne recherche pas des sentiers privés, mais au contraire qu’on vit dans la grande famille de Dieu que le Seigneur a fondée avec les douze Apôtres.
Encore une fois je dois revenir à l’Eucharistie. “Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps” dit saint Paul (1 Co 10, 17). En cela il entend dire: Puisque nous recevons le même Seigneur et que Lui nous accueille et nous attire en lui, nous sommes une seule chose aussi entre nous. Cela doit se manifester dans la vie. Cela doit se voir dans la capacité à pardonner. Cela doit se manifester dans la sensibilité aux besoins de l’autre. Cela doit se manifester dans la disponibilité à partager. Cela doit se manifester dans l’engagement envers le prochain, celui qui est proche comme celui qui est extérieurement loin, mais qui nous regarde toujours de près. Il existe aujourd’hui des formes de bénévolat, des modèles de service mutuel, dont notre société a précisément un besoin urgent. Nous ne devons pas, par exemple, abandonner les personnes âgées à leur solitude, nous ne devons pas passer à côté de ceux qui souffrent. Si nous pensons et si nous vivons dans la communion avec le Christ, alors nos yeux s’ouvriront. Alors nous ne nous contenterons plus de vivoter, préoccupés seulement de nous-mêmes, mais nous verrons où et comment nous sommes nécessaires. En vivant et en agissant ainsi, nous nous apercevrons bien vite qu’il est beaucoup plus beau d’être utiles et d’être à la disposition des autres que de se préoccuper seulement des facilités qui nous sont offertes. Je sais que vous, en tant que jeunes, vous aspirez aux grandes choses, que vous voulez vous engager pour un monde meilleur. Montrez-le aux hommes, montrez-le au monde, qui attend justement ce témoignage des disciples de Jésus Christ et qui, surtout par votre amour, pourra découvrir l’étoile que, comme croyants, nous suivons.
Allons de l’avant avec le Christ et vivons notre vie en vrais adorateurs de Dieu ! Amen !
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10.08.2005
"Nous sommes venus l'adorer ! " (Mt 2, 2)
A l'occasion de ces XXèmes Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne, c'est à la suite des mages (dont la tradition veut que les reliques soient conservées dans cette ville d' Allemagne), que le Pape Benoît XVI invite les jeunes catholiques et chrétiens du monde entier à marcher pour partir à la rencontre du Dieu fait homme.

Je suis donc sur le départ ! Je participe en effet à ces JMJ avec le groupe de mon diocèse et nous largons les amarres ce soir à 18 heures. Du 11 au 18 août nous serons hébergé dans le diocèse de Nuremberg où nous participerons à la vie de l'Eglise locale et où nous fêterons l'Assomption de Marie avant de se rassembler tous à Cologne, autour du Pape Benoît XVI, pour deux grands moments de foi : la veillée de prières et d'adoration eucharistique le 20 août et la messe pontificale le dimanche 21 août !
Je confie ce grand moment au Seigneur, qu'il nous donne de le rencontrer intimement et de vivre une belle expérience de prière en Eglise. L'Eglise, corps du Christ, riche de sa diversité et de son unité. Notre pélerinage sera nourri notamment des enseignements de Ste Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, Carmélite, philosophe et théologienne d'origine juive, morte gazée à Auschwitz en 1944. Que sa soif de Vérité soit un exemple pour nous !
Je vous souhaite donc de bonnes et saintes vacances et vous retrouverai fin août !
Je vous laisse avec le message de Jean-Paul II, adressé le 6 août 2004, aux jeunes du monde entier en prévision des XXèmes JMJ.

Chers jeunes !
1. Cette année, nous avons célébré la XIXe Journée Mondiale de la Jeunesse en méditant sur le désir exprimé par quelques Grecs venus à Jérusalem à l'occasion de la Pâque : "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21). Nous voici maintenant en chemin vers Cologne où, en août 2005, aura lieu la XXe Journée Mondiale de la Jeunesse.
"Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2) : tel est le thème de la prochaine rencontre mondiale des jeunes. Ce thème permet aux jeunes de tous les continents de refaire spirituellement l'itinéraire des Mages, dont les reliques, selon une pieuse tradition, sont précisément vénérées dans cette ville, et comme eux, de rencontrer le Messie de toutes les nations.
En vérité, la lumière du Christ éclairait déjà l'intelligence et le cœur des Mages. "Ils se mirent en route" (Mt 2, 9), raconte l'évangéliste, en se lançant avec courage sur des chemins inconnus, entreprenant un long et difficile voyage. Ils n'hésitèrent pas à tout quitter pour suivre l'étoile qu'ils avaient vu se lever en Orient (cf. Mt 2, 1). En imitant les Mages, vous aussi, chers jeunes, vous vous apprêtez à accomplir un "voyage" vers Cologne, venant de toutes les régions du globe. Il est non seulement important que vous vous préoccupiez de l'organisation pratique de la Journée Mondiale de la Jeunesse, mais il faut que vous preniez soin, en tout premier lieu, de sa préparation spirituelle, dans une atmosphère de foi et d'écoute de la Parole de Dieu.
2. "Et voilà que l'étoile ... les précédait; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant" (Mt 2, 9). Les Mages arrivèrent à Bethléem parce qu'ils se laissèrent docilement conduire par l'étoile. Plus encore, "quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie" (Mt 2, 10). Il est important, chers jeunes, d'apprendre à scruter les signes par lesquels Dieu nous appelle et nous guide. Lorsque nous sommes conscients d'être conduits par lui, le cœur ressent une joie authentique et profonde, qui s'accompagne d'un vif désir de le rencontrer et d'un effort persévérant pour le suivre docilement.
"En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère" (Mt 2, 11). Rien d'extraordinaire à première vue. Et pourtant, cet Enfant est différent des autres : il est le Fils unique de Dieu qui s'est dépouillé de sa gloire (cf. Ph 2, 7) et qui est venu sur la terre pour mourir sur la Croix. Il est descendu parmi nous et s'est fait pauvre pour nous révéler la gloire divine, que nous contemplerons pleinement au Ciel, notre patrie bienheureuse.
Qui aurait pu inventer un signe d'amour plus grand ? Nous sommes en admiration devant le mystère d'un Dieu qui s'abaisse pour revêtir notre condition humaine jusqu'á s'immoler pour nous sur la Croix (cf. Ph 2, 6-8). Dans sa pauvreté, Celui qui - comme nous le rappelle saint Paul - "de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté" (2 Co 8, 9), est venu offrir le salut aux pécheurs. Comment rendre grâce à Dieu pour tant de bonté manifestée ?
3. Les Mages rencontrent Jésus à "Bêt-lehem", qui signifie "maison du pain". Dans l'humble grotte de Bethléem repose, sur un peu de paille, le "grain de blé" qui, en mourant, portera "beaucoup de fruit" (cf. Jn 12, 24). Au cours de sa vie publique, Jésus, pour parler de lui et de sa mission de salut, aura recours à l'image du pain. Il dira : "Je suis le pain de vie", "Je suis le pain descendu du ciel", "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 35.41.51).
En parcourant de nouveau avec foi l'itinéraire du Rédempteur, de la pauvreté de la Crèche jusqu'à l'abandon de la Croix, nous comprenons mieux le mystère de son amour qui rachète l'humanité. L'Enfant, couché par Marie dans la mangeoire, est l'Homme-Dieu que nous verrons cloué sur la Croix. Le Rédempteur lui-même est présent dans le sacrement de l'Eucharistie. Dans l'étable de Bethléem il se laissa adorer, sous les pauvres traits d'un nouveau-né, par Marie, par Joseph et par les bergers ; dans l'Hostie consacrée nous l'adorons sacramentellement présent dans son corps et dans son sang, dans son âme et dans sa divinité ; il s'offre à nous comme nourriture de vie éternelle. La Sainte Messe devient alors le véritable rendez-vous d'amour avec Celui qui s'est entièrement donné pour nous. N'hésitez pas, chers jeunes, à lui répondre quand il vous invite "au banquet des noces de l'Agneau" (cf. Ap 19, 9). Ecoutez-le, préparez-vous de manière appropriée et approchez-vous du Sacrement de l'Autel, en particulier en cette Année de l'Eucharistie (octobre 2004-2005) que j'ai voulu instaurer pour toute l'Eglise.
4. "Et, se prosternant, ils l'adorèrent" (Mt 2, 11). Si, en l'enfant que Marie tient dans ses bras, les Mages reconnaissent et adorent celui que les nations attendaient et que les prophètes avaient annoncé, nous pouvons aujourd'hui l'adorer dans l'Eucharistie et le reconnaître comme notre Créateur, notre unique Seigneur et Sauveur.
"Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (Mt 2, 11). Les présents qu'offrent les Mages au Messie symbolisent la véritable adoration. Par l'or, ils soulignent sa divinité royale ; par l'encens, ils confessent qu'il est prêtre de la nouvelle Alliance ; en lui offrant la myrrhe, ils célèbrent le prophète qui versera son sang pour réconcilier l'humanité avec son Père.
Chers jeunes, vous aussi, offrez au Seigneur l'or de votre existence, c'est-à-dire votre liberté pour le suivre par amour, en répondant fidèlement à son appel; faites monter vers lui l'encens de votre prière ardente, à la louange de sa gloire; offrez-lui la myrrhe, c'est-à-dire votre affection pleine de gratitude envers lui, vrai Homme, qui nous a aimés jusqu'à mourir comme un malfaiteur sur le Golgotha.
5. Soyez des adorateurs de l'unique vrai Dieu, en lui reconnaissant la première place dans votre existence ! L'idolâtrie est une tentation constante de l'homme. Hélas, il existe des personnes qui cherchent la solution à leurs problèmes dans des pratiques religieuses incompatibles avec la foi chrétienne. Un fort courant pousse à croire aux mythes faciles du succès et du pouvoir ; il est dangereux d'adhérer à des conceptions évanescentes du sacré qui présentent Dieu sous la forme d'une énergie cosmique ou bien d'autres manières non conformes à la doctrine catholique.
Jeunes, ne cédez pas aux illusions mensongères et aux modes éphémères, qui laissent souvent un tragique vide spirituel ! Refusez les séductions de l'argent, de la société de consommation et de la violence sournoise qu'exercent parfois les médias.
L'adoration du vrai Dieu constitue un authentique acte de résistance contre toute forme d'idolâtrie. Adorez le Christ : Il est le Rocher sur lequel bâtir votre avenir, ainsi qu'un monde plus juste et plus solidaire. Jésus est le Prince de la paix, la source du pardon et de la réconciliation, qui peut rendre frères tous les membres de la famille humaine.
6. "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin" (Mt 2, 12). L'Évangile précise qu'après avoir rencontré le Christ, les Mages rentrèrent dans leur pays "en prenant un autre chemin". Ce changement de route peut symboliser la conversion à laquelle sont appelés ceux qui rencontrent Jésus, pour devenir les vrais adorateurs qu'il désire (cf. Jn 4, 23-24). Cela comprend l'imitation de sa façon d'agir, en faisant d'eux-mêmes, comme l'écrit l'apôtre Paul, un "sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu". L'Apôtre ajoute qu'il ne faut pas se conformer à la mentalité de ce monde, mais se transformer en renouvelant son jugement, "pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait" (cf. Rm 12, 1-2).
Ecouter le Christ et l'adorer conduit à faire des choix courageux, à prendre des décisions parfois héroïques. Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique. Il appelle certains à tout quitter pour le suivre dans la vie sacerdotale ou consacrée. Que ceux qui entendent cette invitation n'aient pas peur de lui répondre 'oui' et qu'ils se mettent généreusement à sa suite. Mais, en dehors des vocations particulières de consécration, il y a la vocation propre de tout baptisé : elle aussi est une vocation à ce "haut degré" de la vie chrétienne ordinaire qui s'exprime dans la sainteté (cf. Novo millennio ineunte, 31). Lorsqu'on rencontre le Christ et que l'on accueille son Évangile, la vie change et l'on est conduit à communiquer aux autres sa propre expérience.
Tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l'amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Il est donc urgent d'être des témoins de l'amour contemplé dans le Christ. L'invitation à participer à la Journée Mondiale de la Jeunesse s'adresse également à vous, chers amis qui n'êtes pas baptisés ou qui ne vous reconnaissez pas dans l'Église. N'avez-vous pas, vous aussi, soif d'Absolu? N'êtes-vous pas en quête de "quelque chose" qui donne sens à votre existence ? Tournez-vous vers le Christ et vous ne serez pas déçus.
7. Chers jeunes, l'Église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation: des hommes et des femmes dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus; des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L'Église a besoin de saints. Nous sommes tous appelés à la sainteté et seuls les saints peuvent rénover l'humanité. Beaucoup nous ont précédés sur ce chemin d'héroïsme évangélique et je vous exhorte à recourir souvent à leur intercession. En vous rencontrant à Cologne, vous apprendrez à mieux connaître certains d'entre eux, comme saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, et les saints de Cologne, en particulier Ursule, Albert le Grand, Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) et le bienheureux Adolph Kolping.
Parmi eux, je voudrais particulièrement citer saint Albert et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) qui, avec la même disposition intérieure que les Mages, ont passionnément recherché la vérité. Ils n'ont pas hésité à mettre leurs capacités intellectuelles au service de la foi, témoignant ainsi que foi et raison sont liées et se renvoient l'une à l'autre.
Chers jeunes qui êtes spirituellement en marche vers Cologne, le Pape vous accompagne par sa prière. Que Marie, "femme eucharistique" et Mère de la Sagesse, soutienne vos pas, éclaire vos choix et vous enseigne à aimer ce qui est vrai, bon et beau. Qu'elle vous conduise tous à son Fils, le seul qui puisse combler les attentes les plus intimes de l'intelligence et du cœur de l'homme.
Avec ma bénédiction !
De Castel Gandolfo, le 6 août 2004
+ Johannes Paulus II
12:30 Publié dans Actualité chrétienne et/ou gay | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09.08.2005
Heureuse es-tu Marie comblée de grâce !
Dans quelques jours l'Eglise fêtera l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie (lundi 15 août) ou Dormition pour nos frères orthodoxes et vieux catholiques. Promulgué en 1950 par le Pape Pie XII, la fête de l'Assomption était déjà inscrite dans la tradition de l'Eglise qui contemple à cette occasion l'élévation à la gloire du Ciel en son corps et en son âme, de celle qui a porté et mis au monde le Sauveur de l'Humanité. Par cette solennité l'Eglise ne nous demande pas de devenir des mariolâtres....C'est le mystère de l'Incarnation qu'elle nous invite à contempler à travers la montée au Ciel de la Vierge Marie. En effet, de même que la maternité de Marie a été une grâce pour le monde entier, de même son Assomption personnelle inaugure l'Assomption de l'humanité en Dieu.

La Femme qu'évoque Saint Jean dans l'Apocalypse est tout à la fois figure de l'Eglise triomphante et l'évocation de Marie. Ainsi Marie par son Assomption devient la parfaite image de l'Eglise à venir et montre aux enfants de Dieu l'aurore du Salut. Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu nous dit Saint Jean Chrysostome. C'est tout le mystère de cette fête que résume ici ce brillant Père de l'Eglise. Tous, à l'image de Marie, nous sommes appelés à contempler la gloire de Dieu et à participer au festin du monde à venir, car nos corps, temples de l'Esprit, portent tous en eux des germes d'Eternité.
Comme méditation, je vous laisse avec ce très beau chant de la Communauté de l'Emmanuel qui convient parfaitement comme chant d'envoi ou de procession pour la fête de l'Assomption. Vous pouvez écouter le refrain et le premier couplet en cliquant sur le lien suivant :
www.abiif.com/pages/chants/chantsmp3/couronnee.html
Couronnée d'étoiles
Nous te saluons,
Ô toi Notre Dame,
Marie, vierge sainte que drape le soleil.
Couronnée d'étoiles, la lune est sous tes pas.
En toi nous est donnée
L'aurore du salut
1. Marie Eve nouvelle et joie de ton Seigneur
Tu as donné naissance à Jésus le Sauveur.
Par toi nous sont ouvertes les portes du jardin
Guide-nous en chemin, Etoile du Matin
2. Tu es restée fidèle, mère au pied de la croix.
Soutiens notre espérance et garde notre foi.
Du côté de ton fils, tu as puisé pour nous
L'eau et le sang versés qui sauvent du péché.
3. Quelle fut la joie d'Eve lorsque tu es montée,
Plus haut que tous les anges, plus haut que les nuées,
Et quelle est notre joie, douce Vierge Marie
De contempler en Toi la promesse de vie.
4. Ô Vierge immaculée, préservée du péché,
En ton âme, en ton corps, tu entres dans les cieux.
Emportée dans la gloire, Sainte reine des cieux,
Tu nous accueilleras un jour auprès de Dieu.
19:45 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.08.2005
Par la musique et par nos voix, louange à Lui dans les hauteurs....
Chanter, c'est prier deux fois avait l'habitude de dire Jean-Paul II. Parmi les musiques qui me permettent de rendre grâce à Dieu ou de lui exprimer mes joies, mes peines, mes espérances, le gospel occupe une place particulière. Colorée, rythmée, méditative parfois, enjouée souvent, la musique gospel décline toute une palette de tons pour nous donner de vivre un grand moment de prière. En faisant appel au corps, elle nous montre que c'est tout notre être qui est appelé à louer Dieu et que notre corps créé par Dieu est porteur de sacré et de beauté.
Je suis particulièrement fan du groupe de gospel français à4 (www.a4gospel.com). Si vous ne connaissez pas ce quatuor je vous conseille d'aller visiter leur site internet et de commander au plus vite leurs cds sur www.sephoramusic.com (musique chrétienne sur le net). Ils sont quatre et se sont donnés pour mission de chanter la gloire de Dieu a capella. Le résultant est littéralement bluffant. Un vrai feu d'artifice de couleurs et de rythmes . Leurs voix sont superbes, les textes profonds et méditatifs. J'ai déjà eu la chance de les voir en concert deux fois et je dois dire qu'à chaque fois, ce sont deux heures de louange et d'action de grâce en communion avec le Seigneur.
Ils sont en tournée pendant l'été alors courez vite consulter la liste des concerts sur leur site...peut-être seront-ils sur le lieu de vos vacances...
10:55 Publié dans Musique chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.08.2005
Méditation sur les églises de campagne
Vous est-il déjà arrivé de pousser la porte d'une église de campagne ?
C'est toujours un moment fort pour moi que de pénétrer dans une chapelle perdue dans la campagne. Sentir la présence de Dieu dans la simplicité et l'humilité, prendre conscience de la stabilité de Dieu c'est le défi que nous lancent ces églises à l'écart des chemins.
Souvent, on n' y célèbre plus la messe depuis longtemps, mais la foi des hommes qui les ont construites et leurs silhouettes immuables qui se détachent dans le ciel sont autant de signes de cette présence éternelle de Dieu au milieu des hommes. C'est en tous cas ce que j'ai ressenti, avant hier, quand j'ai poussé la porte d'une petite église dans la campagne.

Chaque église par son architecture, son décor nous dit quelque chose de Dieu et dans un temps où, faute de prêtres, on réunit les paroisses dans des ensembles paroissiaux toujours plus vastes, ne cédons pas à la tentation de réduire nos églises rurales en un simple lieu de culte ouvert un dimanche par mois , faisons de celles-ci des lieux permanents d'accueil et de méditation où Dieu nous parle dans le secret.
10:31 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.08.2005
Les paroles d'espoir du nouvel archevêque anglican d'York
L'Eglise anglicane est actuellement secouée de plein fouet par la question de l'homosexualité. Depuis l'ordination épiscopale du révérend Gene Robinson ouvertement gay et vivant en couple dans le diocèse épiscopalien (branche américaine de l'Eglise anglicane) du New Hampshire aux Etats-Unis et suite aux bénédictions d'unions homosexuelles dans quelques diocèses canadiens de la Communion Anglicane, les branches africaines de la Communion menacent de faire un schisme. Le débat est donc largement engagée entre les églises membres de la communion anglicane.
C'est pourquoi, dans le contexte actuel, les prises de position plutôt ouvertes du Très Haut Révérend John Sentamu, nouvel archevêque d'York et ,à ce titre, n°2 de la Communion Anglicane après l'Archevêque de Canterbury, sont particulièrement intéressantes et positives pour la réflexion de la Communion sur l'homosexualité . Il a notamment affirmé son désir de jouer de sa position pour lutter contre l'homophobie et faire évoluer les mentalités. Puisse son discours être écouté par les Eglises africaines.

Il a déclaré vouloir faire stopper les mots horribles utilisés par certains chrétiens pour désigner les homosexuels. Dans une interview à la radio BBC4, il a affirmé que l'homophobie n'avait pas sa place dans la société actuelle et a insisté sur le fait que chaque être humain était aimé de Dieu. Lorsque vous utilisez ces mots horribles, qui laissent entendre qu'ils ne sont pas des êtres humains, qui êtes-vous pour faire ça, puisque vous ne les avez pas créés ? s'est-il indigné.
Seigneur nous te rendons grâce pour le ministère du Très Haut Révérend John Sentamu. Qu'il soit le prophète et le témoin de ton amour ineffable pour tous les hommes.
23:51 Publié dans Actualité chrétienne et/ou gay | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

