29.12.2005
Arvo Pärt, le Saint François de la musique
J'ai découvert récemment un compositeur estonien contemporain chrétien dont les oeuvres sont tout simplement superbes et angéliques. Des mélodies mystérieuses où le Silence n'est pas absent pour mieux mettre en valeur le Verbe de Dieu. Inspiré par le grégorien, Pärt exprime sa foi à travers sa musique au risque d'encourir les foudres de son pays communiste (comme en 1980) où l'artiste presque officiel qu'il était, décide de larguer les amarres pour mieux affirmer sa foi en Jésus Christ : Je crois en Notre Seigneur Jésus Christ écrit-il sur la pochette de son disque.
Une autre caractéristique essentielle de son style ce sont les tintinnabuli (clochettes en latin). En effet dans sa quête de simplicité et de dépouillement , il souhaite imiter le son parfait de la clochette. C'est lorsqu'un instrument quel qu'il soit, articule son jeu entre trois notes principales, celle de l'accord parfait d'une gamme. Cette simplicité se retrouve donc également dans l'utilisation de notes récurrentes et d'une certaine stabilité de la gamme. Pärt, contrairement à beaucoup de compositeur des époques baroque, classique et romantique, n'utilise donc pratiquement jamais de modulations. On l' a donc à tort affublé du titre de compositeur simpliste. Ce qui est mal saisir la quête spirituelle de sa musique qui tente d'exprimer l'éternelle pauvreté du Dieu de Jésus-Christ. En outre la cloche en tant qu'instrument est souvent présente dans ses oeuvres ce qui renforce le caractère monacal de cette musique littéralement mystique.
Je vous conseille particulièrement d'écouter la Messe Berlinoise (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus Dominus, Agnus Dei, Veni Sancte Spiritus), le Tabula Rasa Fratres, sa Passion selon St Jean et son de Profundis. Voici l'adresse du site officiel www.arvopart.info . Notez que les choeurs de St Eustache (Paris 1er) interprèteront la Messe Berlinoise le mardi 4 avril 2006.
Je vous laisse avec un article que je télécharge du site : www.espritsnomades.com :
La musique qui tintinnabule
Arvo Pärt nous vient de la lointaine Estonie où il naquit en le 11 septembre 1935 à Paide. Le glacis soviétique était là aussi, plus prégnant que toutes le glaces de l'hiver. Les glaciations étaient bien dans les têtes, et malheur aux croyants et aux "modernes" qui osaient écouter ou faire sourdre d'eux des vilenies occidentales.
Pärt a fait ses études musicales à Tallin, et il va ensuite gagner sa vie en la perdant comme ingénieur du son à la radio nationale, et surtout en réalisant, comme Chostakovitch, d'innombrables musiques de films. Mais la révélation sérielle, comme la révélation de sa foi profonde le saisissent et le voici au banc de la société soviétique. Pourtant , ses premières oeuvres, plus sages avaient fait de lui un compositeur presque officiel du régime. Mais tout le monde ne peut avoir la duplicité ou la schizophrénie de Chostakovitch, et Pärt déchire vite le rideau des complaisances. Le divorce est alors clairement prononcé, à ses torts bien sûrs entre un régime dictatorial et lui, pauvre ménestrel de sa musique intérieure. Il ne fit plus mystère de son intense foi catholique orthodoxe.
En 1980 survient l'exil à Berlin et une nouvelle vie d'homme libre. Il avait du pressentir les "ailes du désir", et le tutoiement des anges. Son étude assidue des polyphonies flamandes, du chant grégorien vont lui permettre de se forger un tout nouveau style, neuf en fait d'une ascèse vers la simplicité et le dénuement. Il va humblement comme un pauvre moine de la musique s'enfermer dans la cellule étroite de la frugalité des formes.
Une sorte de transcendance va désormais affleurer dans sa musique qui devient musique des sphères toute entière vouée au divin. Musique ? Plutôt mystère au sens médiéval, parole révélée face au silence qui entoure chaque parole, chaque note. Par une extrême économie de moyens, lui qui brassait les plus complexes moyens de l'écriture sérielle, il va rendre compte comme dans des enluminures, comme dans un livre d'heures d'une métaphysique en musique.
Apaisé lui-même, il verse pour nous un immense apaisement qui coule hors du temps. Pärt est totalement hors du temps présent, hors des modes, même s'il en est devenu une. "Tabula rasa", table rase des scories accumulées u cours de siècles d'invention de l'esprit humain, sa musique fait retraite autour du noyau dur des sons; Moine-soldat il tente de capter dans ses mains de musicien des parcelles d'éternité.
Humble, irradié de l'enchantement des simples, il nous tend en offrande une musique tendant vers la raréfaction, mais allant à la corde même de l'âme. Il tisse lentement une musique de pauvre évitant les couleurs vives, sans doute trop chères sur les marchés de Noel ou d'ailleurs. Sorte de Saint-François d'Assise de la musique contemporaine, en tout cas se voulant comme tel, il aura créé une vénération autour de sa musique. Dans un monde déboussolé, en quête de valeurs transcendantalismes, sa musique "simpliste" aura été une profonde consolation.
Bien malgré lui apôtre de la musique planante ses musiques ont un retentissement de tonnerre dans notre ciel un peu vide. Tabula Rasa, Arbos, Miserere, De Profondis, Alina et tant d'autres sont écoutés en boucle par nos oreilles en proie au vertige de sa fausse simplicité. Son dépouillement s'en remet à une conception du temps autre que la nôtre. Elle est plus orientale qu'occidentale, plus enroulée sur l'espace-temps. Toujours est-il qu'il répand en nous une étrange sérénité.
Son utilisation des voix, des notes tenues, tient de l'alchimie du moyen-âge, ou de celui qui sait combiner deux ou trois choses fondamentales de l'ordre cosmique ; Pärt nous touche par sa profondeur archaïque, il nous revient du fond des temps, descendu des plafonds des églises, pèlerin du monde des croyants. Pärt utilise peu de notes, mis pour nous consoler de la tragique destinée, il déploie en offrande le drap de voix tissées dans une élévation extatique.
Il en est tant qui tournent en rond dans leur identité spirituelle et le retour à la religion (Tavener et d'autres) sans nous émouvoir pour autant. Pärt lui nous touche car il est sincère, toujours aux aguets du silence. Simple "joueur de cloches", il connaît le secret de fabrication de la coulée des cloches. Il a su dépasser sa culture, sons avoir, pour retourner à la pureté du son.
Son frère d'âme, Andrei Tarkovsky a su rendre la même démarche en images. Souvenez-vous dans "Nostalgia" de cette bougie portée vacillante dans une piscine vide et qui finit par rester allumer. La musique d'Arvo Pärt reste allumée.
Elle est ce rituel humble, obstiné, contre toute raison et qui fait que le monde change ou est sauvé, malgré tout.
Voici un lien pour écouter en mp3 un extrait du Cantus in memoriam Jeremy Britten.
10:05 Publié dans Musique chrétienne | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note




Commentaires
Très bel extrait musical ! Merci de nous l'avoir partagé.
Ecrit par : Didyme | 29.12.2005
J'ai honte, mais je ne le connais pas, et en plus je n'ai pas d'enceintes sur mon ordi!
Merci pour cette belle page culturelle et instructive!
Ecrit par : brunolyrique | 30.12.2005
Merci pour votre présence quotidienne à vous tous sur mon blog, je prie bien pour vous et suis heureux de partager avec vous mes découvertes et mes méditations. Bonne journée.
Union de prières
Aelred
Ecrit par : Aelred | 30.12.2005
C'est très beau en effet. Je suis partant pour le concert du 4 avril !
Ecrit par : Jean-Marc | 30.12.2005
Merci pour cette page très complète et très bien rédigée. et merci d'annoncer le concert !
Ecrit par : Daniel | 26.01.2006
Comment avez-vu entendu parler du concert Pärt du 4 avril ?
Ecrit par : Daniel | 27.01.2006
Bonjour cher Daniel
Le concert est annoncé sur le site officiel de Part que j'ai mis en lien dans mon post.
à bientôt
Aelred
Ecrit par : aelred (administrateur du bog) | 28.01.2006
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