10.04.2006
L'échec de Dieu
Hier nous avonc fêté le dimanche des Rameaux et nous sommes entrés avec Notre Seigneur dans la Semaine Sainte pour vivre avec lui sa marche vers la Mort et le don de soi avant d'entrer dans la lumière pascale du triomphe de l'Amour.
Pourtant quand j'ai fait mon examen de conscience pour ma confession pascale et de surcroît , quand j'ai lu la méditation de Zundel dont je vous partagerai les meilleurs extraits, j'ai pris conscience de l'échec de Notre Seigneur dans sa mission terrestre. Les hommes des rues de Jérusalem qui l'acclament avant de le condamner quelques jours plus tard, c'est un peu moi, c'est un peu nous dans notre aveuglement et nos refus d'aimer: cette cécité, cette non-réponse qui va conduire Dieu à la mort. Sans notre oui, sans notre amour, Dieu n'est rien. Un Amour meurtri sans réciprocité. J'ai perçu combien Dieu avait besoin de nous et de notre coeur pour pouvoir briller dans l'humanité. C'est tout le drame de notre pratique chrétienne qui s'exprime le dimanche des Rameaux et dans les larmes de Dieu devant ses enfants qui n'ont rien compris à son Amour hier et aujourd'hui.
Evangile selon Saint Luc (19 / 37-48) :
L’entrée de Jésus à Jérusalem et les larmes du Christ.
Lorsqu'il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne appelée montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, en disant: Allez au village qui est en face; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis; détachez-le, et amenez-le. Si quelqu'un vous demande: Pourquoi le détachez-vous? vous lui répondrez: Le Seigneur en a besoin.
Ceux qui étaient envoyés allèrent, et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.
Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent: Pourquoi détachez-vous l'ânon?
Ils répondirent: Le Seigneur en a besoin.
Et ils amenèrent à Jésus l'ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus. Quand il fut en marche, les gens étendirent leurs vêtements sur le chemin. Et lorsque déjà il approchait de Jérusalem, vers la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus. Ils disaient: Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts!
Quelques pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: Maître, reprends tes disciples. Et il répondit: Je vous le dis, s'ils se taisent, les pierres crieront !
Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle, et dit:
Si toi aussi, au moins en ce jour qui t'est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t'environneront de tranchées, t'enfermeront, et te serreront de toutes parts; ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée.
Méditons ensemble cet évangile en compagnie de Maurice Zundel.
Comment Dieu peut-il pleurer ? Qu'est ce que cela veut dire ? Est ce que l'on ne nous rabat pas les oreilles avec la toute-puissance de Dieu ? Est ce que Dieu ne pouvait pas transformer cette ville, est ce qu'il ne pouvait l'obliger à Le reconnaître ? Est ce que sa toute puissance n'était pas capable de faire un miracle, de ressusciter les vivants et les morts ? (...)
Eh bien non justement, ce que Jésus vient révéler au monde, c'est l'échec de Dieu, c'est à dire que Dieu se révèle en Jésus Christ comme l'Amour qui n'est qu' Amour. Et que peut l'amour ? Aimer, un point c'est tout. Et quand l'amour ne rencontre pas l'amour, quand il se heurte de plus en plus à un refus obstiné, il reste impuissant et ne peut plus offrir rien d'autre que ses propres blessures : Dieu meurt précisément ainsi de tous nos refus d'amour et c'est ce que signifie dans l'Histoire, la mort de Jésus Christ.
L'évangile est la manifestation constante des oppositions à l'Amour que Jésus vient nous offrir et de leur surgissement dans une progression toujours plus tragique vers la défaite et vers l'échec. C'est par là que Jésus vient nous délivrer d'un dieu qui serait uniquement pour nous une limite et un scandale, d'un dieu qui voudrait nous plier à ses lois d'une manière arbitraire. Jésus nous a révélé dans Sa Personne, dans Son Agonie, dans Sa Mort, dans Son immense Amour, un Dieu intérieur à nous-mêmes et qui ne peut que nous aimer en nous attendant infiniment, en nous attendant éternellement, en nous attendant au plus intime de nous-mêmes.
Si Dieu n'est pas un autre Dieu, alors tous nos rapports avec Lui sont changés puisque Sa toute puissance n'est plus que la toute-puissance de l'Amour, qui par là-même est limitée par les refus d'amour que nous venons Lui opposer. Alors le salut se comprend mille fois mieux. Il serait scandaleux que Dieu soit quelqu'un qui jouisse de son bonheur, qui soit dans une histoire non troublée en qui tout se passe merveilleusement bien et que le monde soit dans la situation où Il se trouve.
Il est évident que notre situation d'aujourd'hui correspond à la vision de Saint Paul voyant dans le monde où nous sommes un monde en sursis , un monde incomplet, un monde qui aspire à être , un monde dans les douleurs de l'enfantement. Et dans ces douleurs, il y a d'abord et au premier plan, la douleur de Dieu.
Si Dieu n'était pas engagé dans notre destinée, engagé dans notre Histoire jusqu'à la mort de la Croix, Il serait un Dieu incompréhensible et scandaleux. Jésus nous a délivrés par bonheur de ce scandale. Jésus a ouvert les yeux de notre coeur. Jésus inscrit dans le plus profond de notre âme ce visage d'un Dieu silencieux, incapable de nous contraindre, d'un Dieu qui se remet entre nos mains, d'un Dieu qui nous fait un crédit insensé, un Dieu, finalement, qui ne peut entrer dans notre Histoire que par le consentement de notre amour.
Bien sûr, cela il nous reste à le découvrir et à le vivre. Nous sommes tellement loin de nous-mêmes et tellement loin de Dieu, que les larmes de Jésus nous paraissent comme une espèce d'anecdote. Nous n'y voyons pas qu'elles sont réellement les larmes de Dieu, nous n'y voyons pas qu'elles constituent la plus Haute révélation d'un Amour viscéral, d'un Amour qui nous est confié, d'un Amour totalement remis entre nos mains. (....)
Il reste à nous ouvrir à ces appels du Seigneur, à prendre conscience que sans L'aimer, Il est en danger continuel de notre fait : il suffit que nous nous fermions aux autres, il suffit que nous soyons complices de notre égoïsme, il suffit que nous soyons volontairement distraits de sa Présence pour qu'Il soit comme inexistant.
Complètement inutile de parler de Dieu si nous ne vivons pas de Dieu ! Et si nous en vivons, encore plus inutile d'en parler ! Car justement, toute ma vie suffirait si elle était authentique : elle suffirait à fournir de Dieu un témoignage irrécusable.
Mais comment révéler Dieu sinon comme un enfant dans le sillage de Jésus ? Comment révéler Dieu sinon en respirant en nous et dans les autres cette douleur divine qui se traduit dans les larmes de Jésus ? Un chrétien, ce serait celui qui sentirait à chaque instant que Dieu est en péril et qui à chaque instant se porterait au secours de Dieu, en lui et dans les autres et qui s'efforcerait justement en dépassant ses propres limites, de faire de sa vie un espace pour recueillir l'Eternel Amour. Un enfant peut comprendre cela, un enfant peut comprendre les larmes de Jésus, ces larmes d'amour, ces larmes d'infinie tendresse qui sollicitent notre Amour....
Abbé Maurice Zundel (extrait d'un sermon pour le Dimanche des Rameaux).
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Commentaires
Un grand merci pour cette méditation sur l'amour de Dieu. Je me sens bien petit devant cet amour, bien petit devant ceux qui en vivent de manière authentique, bien petit devant ceux qui savent en parler d'une manière aussi belle. Oui cette méditation est très belle, et sa beauté réside dans le fait qu'elle est un appel à se laisser toucher par cet amour de miséricorde et d'envoi vers nos frères tout à la fois. Car l'amour se reçoit deDieu et grandit dans le partage, la communication de cet amour. Un amour gardé secrètement ou jalousement pour soi tout seul ne peut qu'étouffer, alors qu'un amour qui est donné et redonné ne peut que vivre et grandir. L'amour ne peut que s'incarner, c'est ce qu'a fait Dieu en son fils Jésus, c'est ce à quoi nous sommes appelés,nous qui sommes ses disciples.
C'est avec bonheur que je découvre les écrits de Maurice Zundel. TP.
Ecrit par : thierry | 11.04.2006
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