14.04.2006

La mort du Christ, source de notre Vie

Chers frères dans le Christ,

 

Nous sommes entrés hier de plein pied dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur. Devant le Saint Sacrement qui était exposé dans l'Eglise après la messe du Jeudi Saint, j'ai rendu grâce au Seigneur pour vous tousJe vous ai confié chacun personnellement au Christ dans ce saint silence du Tabernacle qui est la Vie et la Présence même de Dieu dans nos existences pour peu que, à notre tour nous devenions silence et que nous laissions retomber toutes les scories qui nous maintiennent dans une vie toute extérieure et aliénante. J'ai vécu un beau moment de prière en communion avec vous qui êtes pour moi la présence vivante du Christ.  Je remerciais le Seigneur pour l'abbé Zundel. Pour sa présence et l'écho de son enseignement dans notre monde païen. Puissions nous à son exemple entrer dans ce silence de Dieu, croire à la Vie de cet Autre en nous, et sortir de notre torpeur pour rejoindre la fragilité de Dieu parce s'il n'y a rien de plus fort que l'Amour, il n'y a rien de plus fragile.

 

Voici donc pour poursuivre notre cheminement un autre extrait de Maurice Zundel pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd'hui, pour nous replonger dans la tragédie de cet Amour crucifié qui est au coeur de notre foi et que nous rappelons en ce Jeudi et Vendredi Saint.

 

 

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Ecce Homo (Voici l'Homme) (Philippe de Champaigne- 1648)

 

 

Sermon de Zundel pour le Vendredi Saint.

 

 

Se fondant sur les écrits du grand théologien irlandais, le Père Mac Nabb, Zundel rappelle d'abord les différentes consciences que Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, avait de lui-même et de sa divinité : la conscience béatifique (La connaissance intime et face à face qu'avait Jésus de Dieu le Père qui sub-sistait au sens étymologique , se tenir dessous, dans l'Ame du Christ), la conscience prophétique, la connaissance expérimentale et sensible qui lui permettait de vivre au jour le jour les évènements dans leur nouveauté.

Dans la sainte Humanité de Jésus, dans sa sensibilité exquise et si profonde et si émouvante, rejaillissait normalement toute la Lumière de la Divinité. Mais de soi, cette connaissance expérimentale ne se situe pas au niveau de Sa divinité et il se peut qu'à certains moments se soit produite dans la conscience de Jésus une coupure entre une des certitudes les immuables, les plus éternelles, les mieux fondées et puis l'évènement tel qu'Il le vivait et tel qu'Il l'éprouvait et, sous cet aspect, concluait le Père Nabb, "on pourrait dire que Notre Seigneur, à certains moments, n'eut pas conscience de Sa Divinité en l'entendant au niveau de sa connaissance expérimentale".

Et pourquoi tout ce détour en ce soir de Vendredi Saint ? Parce que, justement, il nous faut comprendre que l'agonie de Jésus, sa détresse et son suprême abandon ne constituent pas une sorte de mise en scène, qu'Il a vécu vraiment jusqu'à en mourir cette solitude, cette détresse et cet abandon que l'apôtre Paul a osé décrire dans un mot unique, d'une profondeur insondable, ce mot de la Seconde lettre aux Corinthiens où St Paul nous dit Celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché afin qu'en Lui, nous devenions justice de Dieu.

Voilà l'essence de la Passion : Jésus Christ a été fait péché, c'est à dire qu'Il s'est senti coupable de tous les péchés du monde, plus coupable infiniment que ses bourreaux pour lesquels Il implorait le pardon divin vivant une sorte de scrupule immense, infini, inexprimable, avec la certitude pourtant, avec la vision infiniment claire de son Innocence.

Et c'est là que nous conduit le mot de Saint Paul : la Passion de Notre Seigneur dans ce qu'elle a de plus horrible, et donc de plus rédempteur, la Passion de Notre Seigneur, c'est de s'être senti chargé de tous les péchés du monde comme s'Il les avait tous commis, tout en ayant une conscience absolue de son Innocence totale. C'est justement cette coexistence d'une Innocence parfaite avec le sentiment d'une culpabilité totale qui a broyé le Coeur du Seigneur et qui a entraîné Sa Mort. Jésus, en effet n'est pas mort de ses blessures physiques. L'Evangile note qu'Il est mort avant ses deux compagnons d'infortune, (...) parce qu'Il est mort d'une mort intérieure, Il est mort du dedans, Il est mort de cette brisure, Il est mort de ne pouvoir supporter le poids du péché au coeur de sa suprême Innocence.

Il faut donc prendre à la lettre le récit de la sainte Agonie et cette supplication implorant le Père que le calice s'éloigne. Il faut prendre à la lettre les paroles dernières, selon St Matthieu et selon St Marc, les paroles dernières du Seigneur Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as tu abandonné ? . Jésus a vécu autant qu'il est possible, l'Enfer dans sa suprême Innocence, et c'est de cela qu'il est mort. Sa Mort n'est pas une mort comme les autres. C'est une Mort du dedans, une mort où se sont confrontés une fois pour toutes le Mal et le Bien dans la Personnalité Divine du Verbe Incarné.

Et si nous voulons entrer dans ce chemin de Croix et le vivre en entrant personnellement dans la douleur du Seigneur, c'est ce qu'il faut voir, c'est que ces différents plans de conscience tout en existant simultanément, n'ont pas empêché que les plus hautes clartés de l'esprit, que la vision béatifique et la lumière prophétique, elles-mêmes, soit touchées par ce sentiment, cette expérience atroce de l'abandon et de la malédiction et c'est là ce que Saint Paul a exprimé d'une manière unique dans ce mot que nous pouvons graver dans notre coeur :

 

Celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché pour nous afin que nous devenions en Lui justice de Dieu.

 

 

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