16.04.2006

Le Saint Silence du matin de Pâques

 

 

Hagia Sigê (en grec : le Saint Silence)

 

 

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J'ai rêvé d'élever une église au Silence comme Sainte Sophie est dédiée à la Sagesse :

 

Hagia Sigê qui ne sera sans doute jamais qu'un rêve.

 

Un cloître l'isole de la rue dont les ouvertures offrent au regard le refuge paisible d'une pelouse toujours fraîche.

 

De souples avenues où la marche n'éveille point d'écho conduisent aux vantaux élastiques des portes silencieuses.

 

Des tapis monochromes amortissent les pas.

 

Aux fenêtres de la nef, une pierre transparente répand un jour tamisé. Une sobre tenture fait vibrer discrètement les murs de l'abside à la lueur vivante des lampes éternelles.

 

Dans le sanctuaire surélevé, l'autel est une pierre d'albâtre qu'une lumière intérieure rend à peine translucide. Le tabernacle est une chasse d'onyx qui s'éclaire de même, avec une intensité plus vive.

 

Le regard, sans effort, trouve là son centre et y demeure suspendu. L'atmosphère vous recueille en l'unique Nécessaire.

 

La liturgie se développe comme le chant du Silence. Rien ne fait de bruit. Les vêtements sans éclat spiritualisent les corps, les gestes sont vécus et les voix intérieures. Une présence invisible est la commune respiration des âmes.

 

Rendue actuelle dans l'oblation mystique, la Croix s'élève enfin qui les enveloppe toutes de son étreinte vivifiante, et l'Hostie vient en elles comme un divin ferment.

 

L'Action sainte accomplie, chacune s'en va, perdue en Dieu, porter à ses frères un rayon de sa Face, dans le silence d'une vie où son Verbe retentit.

 

Telle était dans mon rêve Hagia Sigê : la basilique du Silence.

 

 

 

 

Un poème de Maurice Zundel

 

(in Notre Dame de la Sagesse, éd. du Cerf)

 

 

 

 

 

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