02.08.2006

Là où Je suis, là aussi sera mon serviteur

   Merci tout d'abord à vous tous pour vos messages de soutien qui font chaud au coeur. Je souhaitais confier à votre prière mon ami et mon frère dans le coeur de Jésus, S. dont je parle dans mon témoignage (cf rubrique Témoignage). En effet, lundi 7 août , S. sera ordonné prêtre pour sa congrégation religieuse et pour l'église catholique en Afrique.  L'occasion pour nous de prier le Seigneur pour qu'il envoie des ouvriers à la moisson pour allumer le feu de l'amour divin dans notre monde où l'Homme plonge chaque jour dans la mort de l'Etre, pour aller au devant des préjugés et des manques d'amour de notre société, pour redonner à notre monde l'audace d'aimer tout homme.

 

   Je tenais aussi à rappeler la nécessité pour nous laïcs d'aimer et de soutenir nos prêtres dans leur beau ministère. Pour cela , je vous propose trois méditations sur le sacerdoce qui viennent nous rappeler l'abandon radical à la pauvreté selon l'Esprit et à l'Humilité qu'ont fait nos prêtres le jour de leur ordination.

 

   Puissent ces textes nous aider à comprendre que le prêtre n'est pas un surhomme, ou un chamane comme certaines idées reçues et visions dévotes le laissent encore sous entendre, mais tout simplement un homme comme nous appelé à devenir pour ses frères le sacrement de Jésus Christ. Tâche ardue ! Alors prions pour eux et pour chacun d'entre nous pour que nous soyions capable d'abattre nos frontières intérieures et devenir véritablement catholiques c'est à dire espace de générosité et d'amour pour tous les hommes. 

 

Car devenir sacrement de Jésus, c'est la mission de toute vocation humaine. Le prêtre par le ministère qui est le sien est chargé, par sa vie, de nous le rappeler.

 

 

I. Un texte de Zundel destiné à ses frères prêtres :

 

 

 On ne demande pas au prêtre qui il est, d'où il vient ou quelle est son hérédité, sa nation, sa culture, on lui demande simplement d'être le sacrement de Jésus Christ.

Le prêtre est donc en quelque sorte obligé de se dépasser, d'oublier ses frontières et de donner plus qu'il n'a, parce qu'il n'est pas là devant les hommes en sa qualité propre, il est là comme sacrement de Jésus Christ.

Prêtres, nous n'avons pas à attirer les autres à notre manière de penser et de parler, nous avons à les aider à se libérer d'eux-mêmes en les libérant d'abord de nous-mêmes.

 

 

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Il faut qu'ils ne rencontrent jamais en nous quelque chose qui puisse les blesser, mais qu'ils rencontrent en nous ce qu'ils attendent et espèrent du Dieu Vivant.

Il faut que chacun de nos contacts avec eux leur donne le sentiment d'un espace illimité et qu'ils nous quittent en emportant la Joie.

 

 

 

II. Un texte du Pape Benoît XVI (en fait un extrait d'une homélie prononcée en 1962 par Mgr Ratzinger ) :

 

 

 Le prêtre, un homme comme chacun d'entre nous.

 

 

"Le prêtre ne peut pas se contenter de proférer des paroles ou d’accomplir des gestes extérieurs ; il doit y mettre une part de son sang lui-même. Son destin est lié à Dieu. Ce que cela signifie, nous l’avons entendu dans l’épître (2 Co 11, 19-33 ; 12, 1-9) ; cela signifie toutes sortes d’oppositions et d’échecs extérieurs ; cela signifie aussi le tourment intérieur de rester en deçà des exigences, la peine de ne pas être vraiment le grain de blé, et c’est peut-être ce qu’il y a en tout de plus oppressant et de plus lourd à supporter – le caractère dérisoire de ce que l’on fait en comparaison de la grandeur de la mission.

 

(…) Mais, pour le même prêtre, le grain de blé ne fait pas seulement signe en direction de la Croix. Pour lui aussi, il est un signe de la joie de Dieu. Pouvoir être un grain de blé, un serviteur du grain de blé divin qu’est Jésus-Christ, voilà qui est en mesure de rendre un homme heureux au plus profond de son cœur. La grâce triomphe au sein même de la faiblesse, comme nous l’avons entendu une nouvelle fois dans l’épître de Paul qui, au beau milieu de sa misère, éprouve la joie débordante de Dieu.

 

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 Etre le serviteur du grain de blé....

 

 Ce n’est pas sans confusion que le prêtre constate combien sa faible et minuscule parole parvient à redonner le sourire à des hommes arrivés à la dernière heure de la vie ; comment, par sa parole, des hommes retrouvent un sens dans l’océan de l’absurde, un sens qui leur permet de vivre, et il voit avec gratitude comment des hommes, par son entremise, découvrent la gloire de Dieu. Il voit combien Dieu accomplit de grandes choses à travers lui, en se servant de sa faiblesse. (…) Il sait que pouvoir être prêtre constitue une exigence extrême, en même temps que le plus beau cadeau qui soit"

 

 

III. Un texte du père Guy Gilbert, le curé des loubards,  sur les mains du prêtre :

 

 

Prêtre , regarde tes mains...

 

 

L'évêque m'attendait à l'entrée de la salle de conférence. D'instinct je lui ai embrassé la main. Il la retira vivement : "Tu dates, Guy, ça ne se fait plus."

"Père, je veux te dire par là combien l'évêque qui m'a oint les mains, il y a vingt-neuf ans, m'a rendu plus heureux que je n'aurais pu jamais l'imaginer.

Pouvoir phénoménal de tes mains sacerdotales. L'espace des deux phrases de la consécration et tes mains portent le Christ vivant que tu vas offrir à d'autres mains. Aujourd'hui elles ont été consacrées pour le service sublime de l'amour. Maintenant ta puissance n'aura d'égale que ton humilité.

 

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Pauvre de toi, d'avoir été choisi. Par quel mystère fabuleux, tu as entendu un jour cet appel pressant, impérieux, qui t'a amené dans la cathédrale où tu viens de dire enfin : "O.K. je bascule tout à ton service. Je me donne à toi pour le service de l'humanité."

Regarde tes mains, contemple-les. Et n'oublie pas que l'évêque t'a consacré les mains… pas la tête !

Il faut, bien sûr, quelques grosses têtes dans l'Église. Mais surtout des ouvriers. On en manque de plus en plus aujourd'hui.

On a besoin de tes mains qui vont frapper aux portes les plus fermées. Elles sèmeront la compassion, le pardon, partout. Dans la rue, les avions, le train, les bourgs sordides, les chaumières les plus luxueuses, les églises.

Si tes mains sont intellectuelles, bourrées de règles, imbues de leur seul pouvoir, elles sont celles des pharisiens qui ne représentent qu'une caste vomie par le Christ. Si tes mains se baladent de lits d'hôpitaux en parloirs de prisons, de l'usine où tu bosses à la paroisse où les plus petits sont accueillis en priorité, elles seront celles du Christ fonçant vers le pécheur, courant derrière la prostituée, éperdues de compassion pour les Zachée et d'autres mécréants.

Si on t'appelle Père (et qui sait, peut-être, un jour Monseigneur), contemple tes mains. Accepte la paternité spirituelle, mais refuse toute vénération vis-à-vis de ta personne. Elle offenserait Dieu et rendrait tes mains captatrices.

Garde-les pures, sans taches, ouvertes, aimantes.

Dans le conflit actuel "pour ou contre les femmes prêtres", j'ai aimé une des réponses du Pape : "Ce n'est pas le ministère d'une personne qui compte aux yeux de Dieu, mais sa sainteté." Bien vu Jean-Paul II !

 

 

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 Tes mains, mêmes sales, impures, pécheresses, feront passer le mystère d'amour, malgré tout. Mais, saintes, elles donneront à ton ministère une puissance inégalable.

A la sortie d'une église, au Portugal, des anciennes m'ont saisi les mains, les ont ouvertes et embrassées. Ému, je n'ai pu le leur rendre qu'en baisant leurs vieilles paluches paysannes.

Chrétien(ne), embrasse de temps à autre la main ouverte de ton prêtre. Et dis-lui pourquoi. Tu vas sacrément réchauffer son sacerdoce !

 

Commentaires

Merci pour ces belles pages nourrissantes sur le prêtre. ça fait tout simplement du bien. Lundi je serai en union avec ton ami qui sera ordonné.

Ecrit par : thierry | 02.08.2006

C'est magnifique ce que tu écris, Aelred. Malheureusement, c'est au dessus de mes forces. Je n'éprouve plus que de l'indifférence et de la méfiance envers le clergé...L'Eglise me rejette, je ne peux plus l'aimer

Ecrit par : benoît | 03.08.2006

Merci Aelred ! Tu nous rappelle que le prêtre est comme chacun d'entre nous : irremplaçable dans sa vocation, instrument de Dieu dans sa mission, pécheur comme tout le monde.

Ecrit par : Didyme | 04.08.2006

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