02.08.2006
Là où Je suis, là aussi sera mon serviteur
Merci tout d'abord à vous tous pour vos messages de soutien qui font chaud au coeur. Je souhaitais confier à votre prière mon ami et mon frère dans le coeur de Jésus, S. dont je parle dans mon témoignage (cf rubrique Témoignage). En effet, lundi 7 août , S. sera ordonné prêtre pour sa congrégation religieuse et pour l'église catholique en Afrique. L'occasion pour nous de prier le Seigneur pour qu'il envoie des ouvriers à la moisson pour allumer le feu de l'amour divin dans notre monde où l'Homme plonge chaque jour dans la mort de l'Etre, pour aller au devant des préjugés et des manques d'amour de notre société, pour redonner à notre monde l'audace d'aimer tout homme.
Je tenais aussi à rappeler la nécessité pour nous laïcs d'aimer et de soutenir nos prêtres dans leur beau ministère. Pour cela , je vous propose trois méditations sur le sacerdoce qui viennent nous rappeler l'abandon radical à la pauvreté selon l'Esprit et à l'Humilité qu'ont fait nos prêtres le jour de leur ordination.
Puissent ces textes nous aider à comprendre que le prêtre n'est pas un surhomme, ou un chamane comme certaines idées reçues et visions dévotes le laissent encore sous entendre, mais tout simplement un homme comme nous appelé à devenir pour ses frères le sacrement de Jésus Christ. Tâche ardue ! Alors prions pour eux et pour chacun d'entre nous pour que nous soyions capable d'abattre nos frontières intérieures et devenir véritablement catholiques c'est à dire espace de générosité et d'amour pour tous les hommes.
Car devenir sacrement de Jésus, c'est la mission de toute vocation humaine. Le prêtre par le ministère qui est le sien est chargé, par sa vie, de nous le rappeler.
I. Un texte de Zundel destiné à ses frères prêtres :
On ne demande pas au prêtre qui il est, d'où il vient ou quelle est son hérédité, sa nation, sa culture, on lui demande simplement d'être le sacrement de Jésus Christ.
Le prêtre est donc en quelque sorte obligé de se dépasser, d'oublier ses frontières et de donner plus qu'il n'a, parce qu'il n'est pas là devant les hommes en sa qualité propre, il est là comme sacrement de Jésus Christ.
Prêtres, nous n'avons pas à attirer les autres à notre manière de penser et de parler, nous avons à les aider à se libérer d'eux-mêmes en les libérant d'abord de nous-mêmes.
Il faut qu'ils ne rencontrent jamais en nous quelque chose qui puisse les blesser, mais qu'ils rencontrent en nous ce qu'ils attendent et espèrent du Dieu Vivant.
Il faut que chacun de nos contacts avec eux leur donne le sentiment d'un espace illimité et qu'ils nous quittent en emportant la Joie.
II. Un texte du Pape Benoît XVI (en fait un extrait d'une homélie prononcée en 1962 par Mgr Ratzinger ) :
Le prêtre, un homme comme chacun d'entre nous.
"Le prêtre ne peut pas se contenter de proférer des paroles ou d’accomplir des gestes extérieurs ; il doit y mettre une part de son sang lui-même. Son destin est lié à Dieu. Ce que cela signifie, nous l’avons entendu dans l’épître (2 Co 11, 19-33 ; 12, 1-9) ; cela signifie toutes sortes d’oppositions et d’échecs extérieurs ; cela signifie aussi le tourment intérieur de rester en deçà des exigences, la peine de ne pas être vraiment le grain de blé, et c’est peut-être ce qu’il y a en tout de plus oppressant et de plus lourd à supporter – le caractère dérisoire de ce que l’on fait en comparaison de la grandeur de la mission.
(…) Mais, pour le même prêtre, le grain de blé ne fait pas seulement signe en direction de la Croix. Pour lui aussi, il est un signe de la joie de Dieu. Pouvoir être un grain de blé, un serviteur du grain de blé divin qu’est Jésus-Christ, voilà qui est en mesure de rendre un homme heureux au plus profond de son cœur. La grâce triomphe au sein même de la faiblesse, comme nous l’avons entendu une nouvelle fois dans l’épître de Paul qui, au beau milieu de sa misère, éprouve la joie débordante de Dieu.
Etre le serviteur du grain de blé....
Ce n’est pas sans confusion que le prêtre constate combien sa faible et minuscule parole parvient à redonner le sourire à des hommes arrivés à la dernière heure de la vie ; comment, par sa parole, des hommes retrouvent un sens dans l’océan de l’absurde, un sens qui leur permet de vivre, et il voit avec gratitude comment des hommes, par son entremise, découvrent la gloire de Dieu. Il voit combien Dieu accomplit de grandes choses à travers lui, en se servant de sa faiblesse. (…) Il sait que pouvoir être prêtre constitue une exigence extrême, en même temps que le plus beau cadeau qui soit. "
III. Un texte du père Guy Gilbert, le curé des loubards, sur les mains du prêtre :
Prêtre , regarde tes mains...
L'évêque m'attendait à l'entrée de la salle de conférence. D'instinct je lui ai embrassé la main. Il la retira vivement : "Tu dates, Guy, ça ne se fait plus."
"Père, je veux te dire par là combien l'évêque qui m'a oint les mains, il y a vingt-neuf ans, m'a rendu plus heureux que je n'aurais pu jamais l'imaginer.
Pouvoir phénoménal de tes mains sacerdotales. L'espace des deux phrases de la consécration et tes mains portent le Christ vivant que tu vas offrir à d'autres mains. Aujourd'hui elles ont été consacrées pour le service sublime de l'amour. Maintenant ta puissance n'aura d'égale que ton humilité.
Pauvre de toi, d'avoir été choisi. Par quel mystère fabuleux, tu as entendu un jour cet appel pressant, impérieux, qui t'a amené dans la cathédrale où tu viens de dire enfin : "O.K. je bascule tout à ton service. Je me donne à toi pour le service de l'humanité."
Regarde tes mains, contemple-les. Et n'oublie pas que l'évêque t'a consacré les mains… pas la tête !
Il faut, bien sûr, quelques grosses têtes dans l'Église. Mais surtout des ouvriers. On en manque de plus en plus aujourd'hui.
On a besoin de tes mains qui vont frapper aux portes les plus fermées. Elles sèmeront la compassion, le pardon, partout. Dans la rue, les avions, le train, les bourgs sordides, les chaumières les plus luxueuses, les églises.
Si tes mains sont intellectuelles, bourrées de règles, imbues de leur seul pouvoir, elles sont celles des pharisiens qui ne représentent qu'une caste vomie par le Christ. Si tes mains se baladent de lits d'hôpitaux en parloirs de prisons, de l'usine où tu bosses à la paroisse où les plus petits sont accueillis en priorité, elles seront celles du Christ fonçant vers le pécheur, courant derrière la prostituée, éperdues de compassion pour les Zachée et d'autres mécréants.
Si on t'appelle Père (et qui sait, peut-être, un jour Monseigneur), contemple tes mains. Accepte la paternité spirituelle, mais refuse toute vénération vis-à-vis de ta personne. Elle offenserait Dieu et rendrait tes mains captatrices.
Garde-les pures, sans taches, ouvertes, aimantes.
Dans le conflit actuel "pour ou contre les femmes prêtres", j'ai aimé une des réponses du Pape : "Ce n'est pas le ministère d'une personne qui compte aux yeux de Dieu, mais sa sainteté." Bien vu Jean-Paul II !
Tes mains, mêmes sales, impures, pécheresses, feront passer le mystère d'amour, malgré tout. Mais, saintes, elles donneront à ton ministère une puissance inégalable.
A la sortie d'une église, au Portugal, des anciennes m'ont saisi les mains, les ont ouvertes et embrassées. Ému, je n'ai pu le leur rendre qu'en baisant leurs vieilles paluches paysannes.
Chrétien(ne), embrasse de temps à autre la main ouverte de ton prêtre. Et dis-lui pourquoi. Tu vas sacrément réchauffer son sacerdoce !
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19.07.2006
La prière des fils d'Abraham
21:00 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18.07.2006
Prenons le temps du silence
Chers frères et soeurs de la blogosphère,
Me voici de retour de manière régulière. Je suis enfin en vacances chez moi en province après ces mois de révisions et de concours. Malheureusement, je n'ai pas réussi du premier coup le concours d'entrée à la grande école que je prépare. Je vais donc redoubler ma deuxième année de prépa pour le retenter l'an prochain. Un parcours un peu obligé et habituel vu la difficulté du concours.
Je vous laisse aujourd'hui en compagnie de cette petite phrase trouvée sur le site de la communauté de Taizé.
Puisse-t-elle nous inviter à entrer dans le dialogue avec le Seigneur durant cette période estivale.
à demain chers amis.
« Au tréfonds de la condition humaine repose l’attente d’une Présence, le silencieux désir d’une communion.
Ne l’oublions jamais, ce simple désir de Dieu est déjà le commencement de la foi. »
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23.04.2006
Ta Parole comme un dialogue
Désolé pour ce petit temps de silence mais je suis pleine en révisions en cette période de pré-concours. Je souhaitais tout de même vous faire partager, avant d'affronter ces semaines de festivité intellectuelle et de repartir dans la capitale, ce texte de Zundel sur les disciples d'Emmaüs.
Que le Seigneur nous accompagne pendant ce temps pascal ! Puissions nous atteindre l'intériorité et que notre Vie devienne respiration de sa Présence.
Je serai donc absent pour un certain nombre de semaines...le temps de passer mes épreuves...
Mais n'hésitez pas à venir lire et relire les textes de méditation. Ils sont là pour cela.
Je vous porte dans la prière.
à bientôt
Aelred
Les disciples d'Emmaüs
4.1 Les apparitions de Jésus Ressuscité ont un caractère confidentiel. Notre Seigneur ne fait pas un grand coup de théâtre en allant se présenter à ses juges, à ceux qui l'ont condamné pour les confondre en leur montrant qu'ils ont échoué et qu'ils ont totalement manqué leur but.
Ce n'est pas de cette manière que Dieu opère car il s'agit pour Lui de gagner nos esprits et de pénétrer dans l'intérieur des coeurs. Il va donc donner à ses disciples, à certains d'entre eux, c'est-à-dire à ceux qui sont préoccupés de Lui, à ceux qui sont catastrophés par les événements qu'ils viennent de vivre, à ceux qui bientôt devront prendre la relève, Il va leur donner des gages suffisants de Sa Résurrection, tout en les orientant plus profondément vers la Foi, c'est-à-dire vers cette découverte de Dieu qui comporte un engagement et qui s'exprime dans une illumination intérieure.
Nous voyons d'ailleurs combien diverses sont ces manifestations, adaptées à chacun, selon l'intelligence que le Seigneur discerne en lui, selon le point de maturité auquel Il le veut conduire. Marie Madeleine Le confondra d'abord avec le jardinier et ne Le reconnaîtra que lorsque son nom de "Marie" aura été prononcé par Lui.
Les disciples rassemblés dans la joie même de Le retrouver, hésiteront à croire à la réalité de l'événement et il faudra que le Seigneur les persuade qu'Il n'est pas un esprit en mangeant devant eux.
Enfin, c'est un temps d'expérience, c'est un temps où le passé doit être surmonté sans que l'avenir apparaisse encore dans sa plénitude. Tant d'attentes merveilleuses qui précèdent la venue de l'Esprit qui éclaircira toutes choses en montrant aux apôtres que ce Seigneur vivant et ressuscité, que ce Seigneur habite en eux, qu'Il est au-dedans d'eux et que désormais ils seront portés par Lui à la conquête du monde.
4.2 Dans l'Evangile que nous venons d'entendre, nous sommes placés en face d'un des aspects de cette manifestation diverse du Seigneur Ressuscité et vous avez entendu ce récit qui est un des plus beaux et des plus émouvants que l'on puisse entendre parce que tout est en nuances, parce que nous y obtenons les renseignements les plus profonds, ou plutôt les enseignements les plus profonds sur la Révélation Divine.
En effet, nous voyons ces deux disciples effondrés de douleur parce que leur espérance semble être ensevelie dans le tombeau du Christ. Nous voyons qu'ils s'entretiennent de Lui. Ils reviennent chez eux, découragés, portant la tristesse sur leur visage quand le Seigneur les joint sans qu'ils reconnaissent Son Visage. Il les interroge. Il touche à fond leur peine. Il leur demande de s'expliquer et en effet ils lui font la confidence de ces événements qu'Il va leur commenter à partir des Ecritures qui annonçaient justement que le Christ ne pouvait entrer dans Sa Gloire qu'en passant par la souffrance et par la mort.
Mais ces paroles ne suffisent pas, ils ne Le reconnaissent pas et le Pape Saint Grégoire fait ici un commentaire d'une sublime beauté en disant: "Jésus se présente à eux au dehors tel qu'Il était au-dedans dans leur coeur, " En effet, ils parlaient de Lui, ils s'attristaient de Sa Mort, ils manifestaient leur attachement envers Lui, et cependant ils doutaient du témoignage des femmes qui avaient reçu le message des anges, ils n'osaient croire, ils n'étaient pas prêts encore à vivre ce mystère de la Résurrection.
Et c'est là justement que nous recevons le plus haut enseignement sur la Révélation de Dieu. La Parole de Dieu, en effet, ce n'est pas un téléphone céleste, la Parole de Dieu, ce n'est pas un Absolu qui tombe du Ciel, ce n'est pas une Vérité qui nécessairement est définitive, c'est un dialogue, un dialogue, c'est-à-dire une parole adressée à quelqu'un dans la situation où il se trouve, selon le degré d'intelligence qui est le sien pour le faire progresser dans la connaissance et dans l'amour de Dieu.
C'est cela qui éclate précisément dans cet épisode des disciples d'Emmaüs tel que Saint Grégoire le commente. La Révélation se proportionne aux êtres auxquels elle s'adresse. Dieu balbutie avec les hommes jusqu'à être pour nous qui sommes éclairés de la lumière du Nouveau Testament, jusqu'à nous paraître méconnaissable. C'est qu'il a fallu justement une pédagogie infiniment délicate et profonde, il a fallu une adaptation constante de Dieu à une humanité qui commençait à concevoir les choses de l'esprit.
4.3 Pour faire mûrir ces germes dans le coeur des hommes, il a fallu que Dieu s'adapte à eux et, si cette adaptation (il suffit de lire la Bible) a été très loin, on a parfois peine à reconnaître le Visage de Dieu tel qu'Il resplendit sur la Face de Jésus Christ devant ces récits de guerres, de batailles, devant ces interdits terrifiants, devant ces massacres, devant ces anathèmes, on se demande où est le Sacré Coeur, où est le Dieu qui est tout Amour ?
C'est que, justement, Dieu est vu alors à travers le regard de l'homme. L'homme étant ce qu'il est, n'en peut savoir davantage et il est amené ainsi graduellement à une connaissance toujours plus profonde de Dieu, ce que le Pape Saint Grégoire résume justement dans cette petite phrase si simple, si éclairante et si profonde: "Jésus leur est apparu au dehors comme Il était au-dedans de leur coeur. "
Voilà la clef de l'interprétation de la Bible. Il y a dans la Bible pour nous qui la lisons à travers la lumière du Nouveau Testament des choses en apparence inacceptables, qui heurtent notre sensibilité, qui nous déçoivent, qui nous paraissent absolument incompatibles avec ce que le Seigneur nous a appris de Lui-même. C'est que, justement, il s'agit d'une pédagogie, d'une marche lente et d'un enseignement infiniment patient pour amener l'homme de très loin, c'est-à-dire des ténèbres où il gît, pour l'amener peu à peu à la lumière qui éclatera dans l'Evangile de Jésus Christ.
Le Pape Saint Grégoire continue d'ailleurs son commentaire de la manière la plus admirable en nous montrant que les disciples, bien qu'ils entendent le Seigneur leur commenter les Ecritures, les disciples ne Le reconnaissent pas, leurs yeux ne Le reconnaissent pas bien que, ils le diront plus tard, leur coeur est brûlant au-dedans d'eux-mêmes.
Et les voici maintenant à la dernière étape de leur voyage. Ils arrivent à Emmaüs et ce pèlerin, car Il était encore dans leur coeur ce pèlerin, feint d'aller plus loin et voilà qu'ils le ressentent et voilà qu'ils le contraignent en quelque sorte à accepter leur hospitalité. Et c'est alors que va se produire le miracle admirable, c’est alors que, à la fraction du pain, à ce geste familier pour eux, c'est alors que le Visage du Seigneur va resplendir à leurs yeux car, dit Saint Grégoire, "en écoutant les paroles du Seigneur, ils ne furent pas éclairés mais, en les accomplissant, ils reçurent l'illumination. "
En entrant dans le vif de la Charité, en voulant contraindre charitablement ce pèlerin à passer la nuit sous leur toit, ils dépassent les mots: ils entrent précisément dans l'essence de l'Amour et c'est alors que leurs yeux sont prêts à s'ouvrir.
4.4 Nous avons nous-mêmes à retenir de cet événement d'abord cette clef de l'exégèse, cette clef de la lecture des Saintes Ecritures, nous rappeler qu'il s'agit là d'un dialogue où l'Interlocuteur Divin se proportionne miséricordieusement à l'auditeur humain comme une maman balbutie avec son tout petit, non pas qu'elle soit elle-même au stade du balbutiement, mais parce que l'enfant l'est et qu'elle ne peut l'atteindre autrement. Et nous l'admirons précisément de balbutier parce que, si elle parlait de Platon ou si elle s'exprimait dans les théorèmes d'Einstein, ce serait folie, l'enfant resterait étranger à toute parole de sa mère et aucune communication ne pourrait s'établir entre elle et lui.
C'est cette pédagogie maternelle qui resplendit dans l'Ecriture Sainte où Dieu s'adapte et balbutie avec l'homme en acceptant de revêtir ce vêtement de pauvreté qui est un des aspects les plus touchants de Sa Miséricorde. C'est le premier enseignement.
L'autre, c'est celui que Saint Grégoire nous suggère, c'est que, pour entendre la Parole de Dieu, il faut l'accomplir. La Parole de Dieu, ce n'est pas un système du monde, ce n'est pas une rhétorique, ce n'est pas un discours propre à amuser les esprits. La Parole de Dieu est une nourriture. La Parole de Dieu, c'est une Présence. La Parole de Dieu, c'est le Verbe de Dieu Lui-même. Alors, pour entendre cette Parole, il faut la faire fructifier dans son coeur et c'est aussi bien la conclusion de Saint Grégoire dans son merveilleux commentaire: "Hâtons-nous de mettre en oeuvre, de mettre en pratique ce que nous avons déjà compris et nous nous ouvrirons ainsi à une plus profonde intelligence du Mystère de Dieu. "
Le Mystère de Dieu est insondable mais il se situe toujours dans la même direction qui est l'Amour, qui est le don de soi, qui est la désappropriation absolue, qui est la liberté infinie, qui va devenir en nous justement, si nous l'écoutons, cette Parole Divine, qui va devenir en nous le ferment de notre libération.
Il est impossible de donner à nos esprits une direction plus ferme et plus conforme à l'Esprit Saint que celle-là: "Si nous voulons comprendre davantage, hâtons-nous déjà de mettre en pratique ce que nous avons compris", car c'est dans cette pratique, c'est dans cette mise en oeuvre de la Parole Divine que notre coeur va s'ouvrir et que, comme les disciples d'Emmaüs, tout d'un coup au milieu de notre ténèbres nous verrons surgir le Visage de Fête du Seigneur Jésus.
Abbé Maurice Zundel
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16.04.2006
Christ est Ressuscité ! Alleluia ! Alleluia !
08:35 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Le Saint Silence du matin de Pâques
Hagia Sigê (en grec : le Saint Silence)
J'ai rêvé d'élever une église au Silence comme Sainte Sophie est dédiée à la Sagesse :
Hagia Sigê qui ne sera sans doute jamais qu'un rêve.
Un cloître l'isole de la rue dont les ouvertures offrent au regard le refuge paisible d'une pelouse toujours fraîche.
De souples avenues où la marche n'éveille point d'écho conduisent aux vantaux élastiques des portes silencieuses.
Des tapis monochromes amortissent les pas.
Aux fenêtres de la nef, une pierre transparente répand un jour tamisé. Une sobre tenture fait vibrer discrètement les murs de l'abside à la lueur vivante des lampes éternelles.
Dans le sanctuaire surélevé, l'autel est une pierre d'albâtre qu'une lumière intérieure rend à peine translucide. Le tabernacle est une chasse d'onyx qui s'éclaire de même, avec une intensité plus vive.
Le regard, sans effort, trouve là son centre et y demeure suspendu. L'atmosphère vous recueille en l'unique Nécessaire.
La liturgie se développe comme le chant du Silence. Rien ne fait de bruit. Les vêtements sans éclat spiritualisent les corps, les gestes sont vécus et les voix intérieures. Une présence invisible est la commune respiration des âmes.
Rendue actuelle dans l'oblation mystique, la Croix s'élève enfin qui les enveloppe toutes de son étreinte vivifiante, et l'Hostie vient en elles comme un divin ferment.
L'Action sainte accomplie, chacune s'en va, perdue en Dieu, porter à ses frères un rayon de sa Face, dans le silence d'une vie où son Verbe retentit.
Telle était dans mon rêve Hagia Sigê : la basilique du Silence.
Un poème de Maurice Zundel
(in Notre Dame de la Sagesse, éd. du Cerf)
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15.04.2006
Vivre Pâques avec St Augustin
Demain à l'occasion de la fête du Christ Ressuscité, je vous inviterai à méditer avec moi sur l'Evangile des pélerins d'Emmaüs qui exprime le mieux pour moi la présence du Ressuscité dans nos vies. Mais avant d'aller vivre en communion avec vous tous la vigile pascale, je souhaitais vous faire lire ce chant d'amour unique qui est sorti de la bouche de St Augustin au lendemain de sa conversion. Puissions nous vivre en profondeur, à l'occasion de ces fêtes pascales, l'expérience de Saint Augustin !
O mon Dieu,
tu as ébloui
mon faible regard
de ton puissant rayonnement
et je frissonnais
d'amour et d'effroi.
J'ai découvert combien loin
j'étais de toi
dans le pays de l'exil
et de la dissemblance.
Et j'entendais ta voix :
Je suis la nourriture des forts
grandis et tu me mangeras.
Tu ne me changeras pas en toi
C'est toi qui seras changé en moi.
Mais où trouver force
pour vivre un avec toi ?
J'ai embrassé le médiateur
entre Dieu et les hommes
Jésus-Christ
au-dessus de tout
Dieu éternellement béni.
Tous, il appelle !
Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.
Incapable, ma chair, de s'unir à toi,
tu t'es donc fait notre chair
et notre nourriture.
Bien tard je t'ai aimée,
Beauté si ancienne et si nouvelle.
Tu étais au dedans de moi
et je te cherchais au dehors.
Tu étais avec moi,
moi, je n'étais pas avec toi.
Tu as répandu ton parfum
je l'ai respiré
et soupire maintenant vers toi.
Sagesse, je t'ai goûtée.
Faim et soif de Toi me consument !
Tu m'as touché,
j'ai brûlé,
envahi par la Paix qui est en Toi !
18:35 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Dieu est mort, qu'allons nous en faire ?
Nous sommes à la veille du Jour de la Résurrection. Bien sûr demain je partagerai avec vous mon action de grâces pour la vigile pascale et la messe du Jour de Pâques. En attendant je propose à votre méditation les textes qui m'accompagneront ce soir. Dieu est mort. Nous l'avons crucifié. Comment peut-on atteindre dans notre vie de prière et dans notre vie quotidienne la haute exigence du christianisme ? Comment sauver Dieu ?
Et si nous vivions plus la liturgie et la messe ? Si véritablement nous entrions dans le mystère cosmique de la Sainte Liturgie ? Si nous faisions silence en nous pour entendre cet appel vibrant du Christ en nous ? Et si nous ouvrions nos coeurs à la présence de nos frères pour incarner notre vie de prière ?
Aide moi Seigneur à vivre cette exigence, à faire de ma vie un don pour mes frères.
Voici donc d'autres textes de Zundel qui nous accompagnera jusqu'au matin de Pâques et après je l'espère. Ces textes, prenons le temps de les goûter, de les relire, de nous en abreuver. Ils sont sur le blog pour cela. Comme une lampe sur cette toile mondiale; la lampe que nous tend le père Zundel pour nous guider vers la Présence.
Dieu est mort ! Qu'allons nous en faire ? Notre vie chrétienne va-t-elle maintenant prendre toute sa dimension ? Ferons nous que Dieu soit toujours un Dieu vaincu ? Ou bien voudrons-nous, aujourd'hui, qu'Il soit un Dieu vivant, un Dieu ressuscité, un Dieu triomphant ? Là est la question.
La messe est le mémorial de la Croix : c'est la Croix au milieu de nous, c'est l'Amour crucifié remis entre nos mains, c'est le Vendredi Saint. Et il dépend de nous que nous en fassions aujourd'hui l'aube de la Résurrection.
En resterons nous au Vendredi Saint ? Ou bien allons-nous donner à Jésus ce triomphe qu'il attend de notre amour, pour qu'il apparaisse au plus intime de nous-mêmes dans la jubilation et la lumière du Jour de Pâques ?
Mais quoi ? Nous avons vu dans la messe je ne sais quelle obligation rituelle, tout au plus un acheminement vers une communion solitaire où nous confierons à Dieu nos petites affaires et puiserons ce petit courage dont nous avons besoin pour nos modestes ambitions. On n'a pas vu dans la messe cette chose immense, cosmique, visible, infinie où il s'agit du destin même de Dieu.
Nous ne sommes pas à la messe pour nous satisfaire, pour nous consoler avec " un petit Bon Dieu " à notre mesure, et pour l'emporter en nous comme un viatique nous concernant exclusivement, nous ne sommes pas là pour nous sentir les privilégiés dans un royaume limité à nous-mêmes ; nous sommes là pour tous et au nom de tous et, sans cette communion universelle, il n'y a pas d'Eucharistie.
La consécration serait invalide et impossible sans ce rassemblement universel parce que justement, elle ne peut s'accomplir que dans la communauté, par la communauté et pour la communauté.
Le prêtre n'est pas un magicien, un sorcier qui aurait le pouvoir de de lier Dieu à une parole magique, le prêtre est la voix de la communauté rassemblée, la voix du corps mystique, et qui appelle sa Tête, son Chef, Jésus Christ, qui est en prise sur son corps justement parce qu'en lui il n'y pas de lacune, parce que personne n'en est exclu et que tout le monde est virtuellement présent.
Communier, c'est donc d'abord communier à l'humanité et à l'univers tout entier, c'est opérer cet immense rassemblement de toute l'Histoire depuis ses origines jusqu'à sa consommation : tous les personnages de l'Histoire, de notre Histoire redeviennent contemporains, et il n'y en pas un qui ne puisse trouver dans la messe, dans la liturgie, son accomplissement peut-être définitif.
Il y a une quantité d'êtres qui meurent sans que leur évolution soit achevée et qui trouvent, sans doute, à chaque célébration de la messe, si elle est vécue, leur point d'insertion dans la Vision, c'est à dire l'Eternité, en tout cas ils trouvent dans la messe leur point d'insertion dans cette fusion, dans cette identification avec le Dieu qu'ils portaient en eux mais qu'ils ne connaissaient pas encore parce qu'ils ne lui étaient pas suffisamment présents.
Et la messe vue sous cet aspect, est donc un évènement merveilleux : c'est l'Action par excellence, à condition justement qu'elle ait cet aspect si humain parce qu'universel sans lequel elle est même inconcevable.
Nous n'allons pas à la messe pour nous, mais pour les autres et avec eux. Nous ne communions pas pour nous mais pour les autres et avec eux.
Nous sommes la voix et l'appel de chacun
Nous sommes la respiration des agonisants, l'espoir des mourants, le soulagement des malades
Nous sommes la présence de toutes les solitudes, l'action de grâces de toutes les joies
Nous sommes le secours de toutes les tentations
NOUS SOMMES LE SACREMENT D'AMOUR POUR TOUS CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF D'AMOUR.
C'est dans l'humanité, à l'intérieur de l'humanité que Dieu a faim, qu'Il a soif, qu'Il est nu, malade, infirme, agonisant et, si on peut oser le dire que Dieu est pécheur ! C'est dans cette humanité que Dieu est fait péché, comme le dit Sainr Paul, c'est dans cette humanité qu'il a besoin de nous. Et où le prendrions-nous ailleurs que dans notre expérience humaine puisqu'il n'y pas pour nous d'autre source de connaissance que l'expérience humaine ?
Aussi célébrer la messe, c'est pour moi toujours nouveau, toujours universel, toujours actuel toujours transfigurant ma vie et celle des autres, mais en n'excluant personne et en appelant chacun à vivre, à se libérer, à renouveler le visage de l'Amour et à ressusciter.
O toi Seigneur, le véritable Soleil, répands toi ! Insinue toi en nous ! Brille d'un éclat éternel ! Répands en nos coeurs l'aube de l'Esprit !
Prenez et mangez en TOUS car CECI EST MON CORPS livré pour vous.
Prenez et buvez en TOUS, CECI EST LA COUPE DE MON SANG, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle.
Le véritable Soleil, c'est cette hostie et ce calice qui s'élèvent et englobent tout l'espace pour le consacrer. Et nous sommes bien là au coeur comme au seuil d'un monde nouveau.
C'est dans cet esprit que nous allons essayer de vivre, dans le silence, cette liturgie dont Il est le fond de tableau, le silence créateur, le silence rédempteur, le silence de l'Amour, le silence de l'Esprit Saint, le silence où Dieu s'annonce au plus intime de notre coeur.
Dieu nous immortalise, Il est la respiration de notre vie, lui seul peut faire de nous une présence universelle qui prend dans ses bras l'Humanité entière et tout l'univers pour en faire une Hostie à la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit.
13:40 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Le vrai Visage de Dieu
Hier lors de la vénération de la Croix, je méditais le passage de Zundel que je vous ai partagé à l'occasion du dimanche des Rameaux. Je tentais de détruire en moi cette vision faussée et au combien perverse d'un Dieu Pharaon. Dans le silence, je laissais retomber en moi le bavardage pour saisir les profondeurs de l'équation que Dieu inscrit dans l'Histoire le jour de la mort de Jésus:
Sur la croix, l'Homme = Dieu
Que bien souvent je suis loin de cette réalité ! Que je suis misérable et aveugle devant cet Amour ! Combien je suis loin des responsabilités qui m'incombent à moi chrétien ! Celle de racheter mon Dieu en lui ouvrant mon Coeur et en ouvrant mon Coeur à mes frères en humanité . En purifiant mon regard, mes paroles pour laisser éteindre en moi ce bavardage. Alors Seigneur Mon Dieu, pardonnez-moi pour cet amour que je ne perçois pas, pour le confort où je m'enferme, pour mes refus d'amour. Donnez moi cette grâce de connaître votre vrai visage, de vivre la tragédie de cet Amour crucifié. Amen.
Voici une méditation de Zundel pour poursuivre notre cheminement et pour mieux vivre ce grand Passage de la Résurrection que nous fêterons ce soir et demain.
Rien ne me paraît plus saisissant que ce rapprochement, qui est emprunté d'ailleurs à la liturgie: Adam a voulu se faire Dieu et il s'est trompé, il ne l'est pas devenu et maintenant Dieu se fait homme pour faire d'Adam un Dieu. Donc dans l'Ancien Testament, le péché suprême, le péché originel, c'est l'ambition de se faire Dieu. Dans le Nouveau Testament, l'intention première de Dieu, c'est de se faire homme pour faire de l'homme un Dieu.
Impossible d'exprimer mieux l'écart entre les deux Testaments, impossible de nous faire mieux sentir que les hommes qui ont écrit la Genèse, qui ont écrit le premier récit des origines, étaient finalement loin de connaître le véritable esprit de Dieu. Ils ont vu Dieu à leur manière, ils ont vu Dieu comme une puissance jalouse de ses droits et qui va punir du dernier châtiment l'homme qui essaie de lui ravir sa primauté. Dans le Nouveau Testament, au contraire, c'est là justement l'intention première de Dieu de se communiquer et de faire de l'homme un dieu. [...]
C'est ainsi que l'humanité avant Jésus Christ, malgré tous ses efforts et bien qu'elle marche à la rencontre du Christ, ne pouvait pas, avant la Révélation qui est Jésus Lui-même, se faire du visage de Dieu une représentation véritable.
Il est donc absolument impossible de lire la Bible, de lire l'Ancien Testament sans oublier que nous sommes dans le tunnel. Il ne faut donc pas lire le Nouveau Testament à travers l'Ancien, mais bien l'Ancien à travers le Nouveau. Et cela change tout ! [...]
Rien n'est plus catastrophique que d'oublier cette distance entre l'Ancien et le Nouveau Testament et l'impossibilité pour l'homme avant Jésus Christ d'avoir de Dieu une révélation parfaite. N'oubliez pas que, dans l'Ancien Testament, ce n'est guère qu'au premier siècle avant notre ère que l'on commence à être sûr d'une vie éternelle. Jusque-là, on ne concevait les récompenses et les châtiments que dans la vie terrestre, la prospérité étant le signe de la bénédiction et le désastre et le malheur le signe de la malédiction.
On n'envisageait pas, au moins couramment, que la vie éternelle est une vie auprès de Dieu. On ne connaissait pas la vie éternelle et tout se passait dans une fidélité à une loi qui promettait une récompense terrestre. [...]
Il est donc nécessaire que nous relisions toujours l'Ancien Testament à travers le coeur de Jésus Christ et que nous n'acceptions jamais, comme disait François dont le père Valensin a écrit la vie, de donner à Dieu un visage que nous ne voudrions pas avoir.
Comment a-t-on pu présenter l'enfer comme une rôtissoire inventée par Dieu, où Dieu plonge éternellement des créatures misérables qui sont dans d'épouvantables gémissements ? Il est clair que l'enfer peut être vu à différents niveaux et que l'enfer répond d'une manière générale à cette idée, à cette certitude qu'il y a une différence entre le bien et le mal, que par conséquent le bien et le mal ne peuvent pas aboutir au même résultat. Et cette idée profondément juste, il ne faut pas l'affaiblir, tout au contraire ! Il faut constamment souligner que le bien et le mal sont différents et qu'ils ne peuvent avoir la même issue. Encore ne faut-il pas oublier que, dans le Nouveau Testament, le Bien est Quelqu'un à aimer et qu'il faut devenir le Bien, ce qui fait déjà une immense différence, comme le mal est une blessure faite à Quelqu'un, et non pas d'abord la violation extérieure d'une loi extérieure à nous-mêmes. [...]
Mais il y a une autre conception de l'enfer, qui est la plus terrible pour un coeur qui aime, et c'est celle qui est représentée à Notre-Dame de Paris dans le grand tympan du portail central. [...] Le Jugement dernier, ce sont les morts, les morts qui se lèvent du sépulcre, puis qui se rendent en cortège vers leur destin, les bons vers le ciel, les méchants vers l'enfer et, tout au sommet de la scène, il y a Jésus: Jésus est assis entre les anges qui tiennent les instruments de la Passion: la lance, la croix, l'éponge, les clous, la couronne d'épines, et Jésus montre ses plaies, Il montre ses plaies.
Voilà le Jugement dernier: Je les aime, je les aime jusque-là, je les aime jusqu'à la mort de moi-même, je les aimerai toujours; éternellement, je les aimerai. S'il y en a qui sont perdus, ce n'est pas moi qui les perds, ce n'est pas moi qui les rejette, ce sont eux qui me crucifient.
Voilà l'enfer du mystique, l'enfer qui a fait jaillir les larmes de saint François, qui l'a attaché à la Croix, qui l'a fait pleurer jusqu'à en perdre la vue sur la douleur de Dieu et qui a fait de lui cette croix vivante qui porte les blessures de l'Éternel Amour.
Et c'est ça l'enfer chrétien: un Dieu crucifié en nous si nous refusons de L'aimer, éternellement crucifié en nous si nous refusons éternellement de L'aimer. Alors le jugement, ce n'est plus le jugement de l'homme par Dieu, c'est le jugement de Dieu par l'homme.
La Lumière luit dans les ténèbres, elle luit toujours, les ténèbres ne la reçoivent pas; Il est dans le monde et le monde a été créé par Lui et le monde ne Le connaît pas. Il vient chez les siens et les siens ne Le reçoivent pas. Et le jugement, c'est que la Lumière vient dans le monde et les hommes préfèrent les ténèbres à la Lumière.
Il ne s'agit donc plus de trembler pour notre salut, mais de trembler pour la crucifixion de Dieu. Nous ne risquons rien du côté de Dieu. Comment est-ce qu'une mère pourrait être autre chose que mère ? Est-ce qu'une mère va supplicier son enfant ? Non, elle va prendre sa place. Est-ce que Dieu est moins mère, moins mère qu'une mère humaine, quand elle est parfaite ? C'est impossible, Il est infiniment plus mère que toutes les mères. Nous ne risquons rien du côté de Dieu, c'est Lui qui risque tout de notre côté, car nous pouvons nous fermer, nous pouvons nous refuser, nous pouvons nous distraire, nous pouvons nous absenter et Il est sans défense contre nous.
Et c'est pourquoi le chrétien est déchargé du souci de son salut: il ne s'agit pas de se sauver mais de sauver Dieu de nous, de sauver Dieu de nos ténèbres, de nos limites, de nos refus, de nos absences, de nos distractions, afin, comme dit saint Paul, de ne pas éteindre l'Esprit. Dieu est Amour. Dieu n'est qu'Amour. Il ne peut qu'aimer et quand l'amour n'est pas aimé, il meurt. C'est ce que Dieu fait. N'importe qui peut Le tuer et c'est pourquoi Graham Greene a pu dire dans La Puissance et la Gloire : Aimer Dieu, c'est vouloir Le protéger contre nous-mêmes. Aimer Dieu, c'est vouloir Le protéger contre nous-mêmes...
Voyez: on a tout empoisonné quand on a fait du christianisme la religion du salut de l'homme, quand on a fait cet épouvantable calcul de mettre ses bonnes oeuvres à la caisse d'épargne pour en toucher la récompense avec intérêts composés. C'est abject ! C'est justement parce que le Bien, c'est Quelqu'un, parce que le Bien, c'est le don de soi, parce que le bien, c'est un mariage d'amour, qu'un mariage ne peut être un calcul sans être un faux mariage. Il s'agit d'aimer Dieu pour Lui-même, de L'aimer en se perdant de vue, de L'aimer pour Lui donner en nous un espace où Il puisse répandre sa Vie, une transparence où Il puisse révéler son Amour. Impossible de faire avec Lui un calcul et un échange de maquignon.
C'est là le visage pascal de Dieu. Que l'on admette pédagogiquement pour les être primitifs -- et nous pouvons nous-mêmes être des êtres primitifs à certains moments -- que l'on admette provisoirement et pédagogiquement la peur, la crainte, soit. Que l'on entre dans les anxiétés de Lady Macbeth, qu'on soit dévoré de scrupules en s'entortillant dans ses propres fautes, soit encore. Mais que l'on ne donne pas à Dieu ce Visage que nous ne voudrions pas avoir. Le Visage de Dieu ne peut être que le visage de la mère qui se substitue à son enfant pour être frappée à sa place.
Et le véritable enfer, c'est, justement, que l'Amour soit crucifié par ce refus d'amour dont nous pouvons être la source.
Saint François recevant les stigmates ( El Greco- 1541/1614)
C'est pourquoi nous allons nous mettre à l'école de saint François, le grand compatissant et, en le voyant tout identifié avec l'Amour Crucifié jusqu'à devenir cette voix vivante qui porte les stigmates de Dieu, nous demanderons de sauver Dieu de nous-mêmes, de ne jamais poser volontairement une limite à sa Grandeur, nous souvenant justement que c'est Dieu qu'il faut sauver de nous et non pas nous de Dieu, et qu'aimer Dieu, c'est vouloir Le protéger contre nous-mêmes.
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14.04.2006
La mort du Christ, source de notre Vie
Chers frères dans le Christ,
Nous sommes entrés hier de plein pied dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur. Devant le Saint Sacrement qui était exposé dans l'Eglise après la messe du Jeudi Saint, j'ai rendu grâce au Seigneur pour vous tous. Je vous ai confié chacun personnellement au Christ dans ce saint silence du Tabernacle qui est la Vie et la Présence même de Dieu dans nos existences pour peu que, à notre tour nous devenions silence et que nous laissions retomber toutes les scories qui nous maintiennent dans une vie toute extérieure et aliénante. J'ai vécu un beau moment de prière en communion avec vous qui êtes pour moi la présence vivante du Christ. Je remerciais le Seigneur pour l'abbé Zundel. Pour sa présence et l'écho de son enseignement dans notre monde païen. Puissions nous à son exemple entrer dans ce silence de Dieu, croire à la Vie de cet Autre en nous, et sortir de notre torpeur pour rejoindre la fragilité de Dieu parce s'il n'y a rien de plus fort que l'Amour, il n'y a rien de plus fragile.
Voici donc pour poursuivre notre cheminement un autre extrait de Maurice Zundel pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd'hui, pour nous replonger dans la tragédie de cet Amour crucifié qui est au coeur de notre foi et que nous rappelons en ce Jeudi et Vendredi Saint.
Ecce Homo (Voici l'Homme) (Philippe de Champaigne- 1648)
Sermon de Zundel pour le Vendredi Saint.
Se fondant sur les écrits du grand théologien irlandais, le Père Mac Nabb, Zundel rappelle d'abord les différentes consciences que Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, avait de lui-même et de sa divinité : la conscience béatifique (La connaissance intime et face à face qu'avait Jésus de Dieu le Père qui sub-sistait au sens étymologique , se tenir dessous, dans l'Ame du Christ), la conscience prophétique, la connaissance expérimentale et sensible qui lui permettait de vivre au jour le jour les évènements dans leur nouveauté.
Dans la sainte Humanité de Jésus, dans sa sensibilité exquise et si profonde et si émouvante, rejaillissait normalement toute la Lumière de la Divinité. Mais de soi, cette connaissance expérimentale ne se situe pas au niveau de Sa divinité et il se peut qu'à certains moments se soit produite dans la conscience de Jésus une coupure entre une des certitudes les immuables, les plus éternelles, les mieux fondées et puis l'évènement tel qu'Il le vivait et tel qu'Il l'éprouvait et, sous cet aspect, concluait le Père Nabb, "on pourrait dire que Notre Seigneur, à certains moments, n'eut pas conscience de Sa Divinité en l'entendant au niveau de sa connaissance expérimentale".
Et pourquoi tout ce détour en ce soir de Vendredi Saint ? Parce que, justement, il nous faut comprendre que l'agonie de Jésus, sa détresse et son suprême abandon ne constituent pas une sorte de mise en scène, qu'Il a vécu vraiment jusqu'à en mourir cette solitude, cette détresse et cet abandon que l'apôtre Paul a osé décrire dans un mot unique, d'une profondeur insondable, ce mot de la Seconde lettre aux Corinthiens où St Paul nous dit Celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché afin qu'en Lui, nous devenions justice de Dieu.
Voilà l'essence de la Passion : Jésus Christ a été fait péché, c'est à dire qu'Il s'est senti coupable de tous les péchés du monde, plus coupable infiniment que ses bourreaux pour lesquels Il implorait le pardon divin vivant une sorte de scrupule immense, infini, inexprimable, avec la certitude pourtant, avec la vision infiniment claire de son Innocence.
Et c'est là que nous conduit le mot de Saint Paul : la Passion de Notre Seigneur dans ce qu'elle a de plus horrible, et donc de plus rédempteur, la Passion de Notre Seigneur, c'est de s'être senti chargé de tous les péchés du monde comme s'Il les avait tous commis, tout en ayant une conscience absolue de son Innocence totale. C'est justement cette coexistence d'une Innocence parfaite avec le sentiment d'une culpabilité totale qui a broyé le Coeur du Seigneur et qui a entraîné Sa Mort. Jésus, en effet n'est pas mort de ses blessures physiques. L'Evangile note qu'Il est mort avant ses deux compagnons d'infortune, (...) parce qu'Il est mort d'une mort intérieure, Il est mort du dedans, Il est mort de cette brisure, Il est mort de ne pouvoir supporter le poids du péché au coeur de sa suprême Innocence.
Il faut donc prendre à la lettre le récit de la sainte Agonie et cette supplication implorant le Père que le calice s'éloigne. Il faut prendre à la lettre les paroles dernières, selon St Matthieu et selon St Marc, les paroles dernières du Seigneur Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as tu abandonné ? . Jésus a vécu autant qu'il est possible, l'Enfer dans sa suprême Innocence, et c'est de cela qu'il est mort. Sa Mort n'est pas une mort comme les autres. C'est une Mort du dedans, une mort où se sont confrontés une fois pour toutes le Mal et le Bien dans la Personnalité Divine du Verbe Incarné.
Et si nous voulons entrer dans ce chemin de Croix et le vivre en entrant personnellement dans la douleur du Seigneur, c'est ce qu'il faut voir, c'est que ces différents plans de conscience tout en existant simultanément, n'ont pas empêché que les plus hautes clartés de l'esprit, que la vision béatifique et la lumière prophétique, elles-mêmes, soit touchées par ce sentiment, cette expérience atroce de l'abandon et de la malédiction et c'est là ce que Saint Paul a exprimé d'une manière unique dans ce mot que nous pouvons graver dans notre coeur :
Celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché pour nous afin que nous devenions en Lui justice de Dieu.
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