29.07.2005
"Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ?"
C'est avec émotion que je fais le bilan de cette année. Le mystère de Pâques est un mystère du Passage. Passage de la terre d'esclavage vers la Terre Promise pour le peuple d'Israël, passage de la mort ignominieuse sur la Croix à la Résurrection pour Jésus-Christ, Dieu fait Homme pour le Salut du Monde. Ce grand mystère du Passage, le Christ nous donne de le vivre dans notre vie comme avant goût de la Résurrection finale. Le mystère de Pâques n'est pas seulement la promesse de la Vie Eternelle après notre mort. Il est aussi force de vie et d'espérance pour chacun d'entre nous au coeur de nos existences. A l'image des destins transfigurés par le Christ que nous livrent les Evangiles, de Marie Madeleine à Zachée, en passant par la Samaritaine, nous aussi nous sommes appelés à nous relever, à bouleverser notre quotidien pour vivre de l'amour de Jésus qui nous tend la main.
Le Christ m'a donné de le rencontrer d'une manière décisive lors d'une retraite avec des amis dans un monastère bénédictin près de Lourdes. Dans ce lieu où je vais tous les ans quelques jours pour me ressourcer, j'ai vécu une expérience de foi extraordinaire lors d'une Eucharistie. J'ai senti au plus profond de moi même cette présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin. Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. C'était ce verset de l'Evangile de Jean que les moines chantaient pour la communion; et j'ai alors ressenti toute la profondeur du mystère de l'Eucharistie, un dialogue d'amour entre Jésus et le croyant. Un face à face, personnel, intime avec un Dieu qui nous connaît et qui nous dit TU . Cette expérience été décisive car elle alimente encore ma vie de croyant.

"Le pain que je donnerai, c'est ma Chair pour la vie du Monde (...) Si vous ne mangez pas la Chair du Fils de l'Homme et ne buvez pas son Sang, vous n'aurez pas la vie en vous". (Jean, 6-51/56)
Deuxième grâce au cours de cette retraite mais qui participe de la même expérience d'amour et de manifestation du Christ : la rencontre avec deux séminaristes en retraite estivale dans ce monastère : S. (Ivoirien), et D. (Paraguayen) deux séminaristes qui sont devenus des frères dans la foi. Et quand je dis frère, ce n'est pas un mot galvaudé et fleur bleue, ce sont en effet une authentique intimité spirituelle et une amitié profonde qui nous lient depuis trois ans maintenant. Nous ne nous sommes jamais revus depuis en chair et en os et de surcroît, nous habitons chacun sur trois continents différents.Mais les mails, les lettres surtout et parfois le téléphone nous permettent de grandir dans la foi ensemble et cela malgré la distance...Elle est grande la communion des saints ! (c'est à dire l'appartenance de tous les chrétiens baptisés au même corps : celui du Christ et à l'Eglise peuple de Dieu sur terre et au ciel. C'est extraordinaire les rencontres que Dieu nous donne de vivre et les liens qu'il nous permet de créer en dépit de l'éloignement et de la distance.
Pourtant cet enthousiasme et cette joie de croire ont été ébranlés en moi au début de l'année scolaire 2004/2005, lorsque je me suis installé à Paris. Mais avec le recul je dirais avec Ste Thérèse de L'Enfant Jésus, Tout est grâce.
Cette année a été pour moi un passage, une grâce de goûter un peu au mystère de Pâques. Alors que mon homosexualité que je connais depuis l'âge de 12 ans, avait été jusqu' à cette année enfouie en moi-même et qu'elle n'intervenait pas directement dans ma vie, mon installation à Paris et une histoire d'amour avec un garçon, sont venues bouleverser mes certitudes et ma vie de foi.
Je me suis senti peu à peu déchiré : d'un côté, le chrétien et de l'autre, l'homosexuel. J'en suis venu à renier ce que j'étais pour pouvoir aimer ce garçon : enlever la croix et l'icône de Marie quand il est venu me voir dans ma chambre d'étudiant, retirer une croix que m'avait donnée mon frère séminariste D. alors que jamais je ne l'avais quittée depuis trois ans. Ce fut une période de grande souffrance. Puis j'ai commencé, prétextant le travail, à ne plus aller à la Messe. Je me sentais coupable d'aimer d'autant qu' à l'internat et en classe il y a beaucoup de catholiques intégristes ou très moralistes dont les propos sur l'homosexualité me blessaient sans que je puisse ni réagir ni en parler à quelqu'un. A un ami ? Il aurait fallu faire mon coming out . A un prêtre ? il m'aurait condamné. A ce garçon ? A mes yeux, gay et chrétien étaient deux réalités antinomiques et il m'aurait laché (je ne lui parlais jamais de foi).
Le sommet de la culpabilité a été atteint quand nous sommes sortis ensemble et que nous avons eu nos premiers moments d'intimité et d'affection; alors que je l'aimais, j'avais le sentiment de commettre le plus horrible des péchés. Du coup notre relation a tourné court car je me sentais mal à l'aise avec lui et il s'en est aperçu. Il a souhaité rompre un mois plus tard. C'est là que j'ai réalisé d'une part combien je l'aimais et d'autre part combien je n'avais pas été moi-même avec lui. Il fallait rebondir.

Au cours des congés de Noël, je me suis mis à chercher sur internet des sites traitant des rapports entre foi et homosexualité. Je suis tombé alors sur quelques sites dont celui de David et Jonathan; une asso gay chrétienne à orientation catholique. J'ai noté qu'elle organisait une veillée de prières mensuelle à l'église Saint M. dans le 4ème arrondissement. J'ai vu alors que Dieu ne m'avait pas abandonné et que pour la première fois, chrétien et gay pouvaient s'associer. Cependant je gardais un regard prudent sur cette association car le fond n'était pas réglé : la Bible, parole de Dieu, qu'en dit-elle ? N'était ce pas une asso d'homosexuels qui cherchent à se donner bonne conscience ?
Lors de la première veillée de prière, j'étais très tendu et anxieux mais cependant je sentais ce désir de Dieu revenir en moi. Depuis Noël, je revenais à la Messe. J'ai donc décidé de changer de paroisse à Paris. Dans ma nouvelle paroisse (certainement pas plus gayfriendly que l'autre) je me sentais mieux, protégé de ces camarades qui m'avaient fait tant souffrir. Je suis revenu en Février à la prière à Saint M., moins anxieux et prudent. Peu à peu, je sentais du mieux mais je souffrais encore de ma séparation et j'avais besoin d'être sûr que je ne me trompais pas en me déculpabilisant.
La veille des vacances de Février, je suis allé voir l'aumônier de DJ. Ce moment fut important car pour la première fois, un prêtre m'exhortait en pénitence à vivre une vie affective riche et belle avec un garçon ! Il m'a donné des pistes d'interprétation nouvelles sur les textes bibliques concernant l'homosexualité....je commençais à voir plus clair. Je me suis alors rappelé d'un site gay chrétien que j'avais survolé en Décembre ....celui d'un certain Jean Marc, un anglican épiscopalien de la Cathédrale Américaine de la Ste Trinité à Paris. Je n'avais fait que survoler ce site mais il m'était resté en mémoire. Je me suis donc rendu à la Cathédrale américaine pour visiter cette paroisse qu'il présentait comme gayfriendly avec une idée en tête: écrire à Jean-Marc, par le biais du site, le plus vite possible.
Rentré en province pour les vacances, j'ai visité le site http://gayanglican.free.fr en détail. Les études bibliques, les liens avec d'autres sites de chrétiens inclusifs, les prières et les discours très accueillants pour les gays de hauts dignitaires anglicans m'ont rempli d'une joie profonde. J'ai alors écrit à Jean-Marc. J'étais confiant. Nous avons échangé alors de nombreux mails et il m'a invité à participer au groupe gay de la cathédrale américaine dit groupe Lambda et à le rencontrer pour bavarder. C'est ce que j'ai fait à mon retour à Paris. Ma vie s'est alors transformée. Grâce à mon amitié fraternelle avec Jean-Marc, aux études bibliques menées dans le cadre du groupe lambda, à la fréquentation retrouvée des sacrements, à ma rencontre avec le Père Bernard, un ami de Jean-Marc, prêtre gayfriendly de l'Eglise Vieille Catholique (voir un prochain article sur mon site pour plus d'infos sur cette Eglise), à mes frères et soeurs du groupe Lambda, j'ai redécouvert combien Dieu m'aimait. Oui, il est vraiment le Dieu fidèle, le Dieu qui s'était révélé si intensément à mon coeur lors de cette fameuse Eucharistie. Dieu m' a créé gay et je dois accepter cela. C'est une part du projet de Dieu pour moi. Oui, je peux être gay et chrétien et vivre une vie affective et sexuelle pleine d'amour et de tendresse selon les enseignements du Christ. Oui, le Pape et certains dignitaires homophobes sont dans le péché quand ils nous accusent d'être intrinsèquement désordonnés.

Mais cette expérience m' a permis d'apprendre à aimer l'Eglise, corps du Christ et peuple de Dieu. Oui, Seigneur je te rends grâce pour ton Eglise, dépositaire de tes sacrements, prophète de ta Bonne Nouvelle et mystère de fraternité entre tous tes enfants. Par elle tu te révèles à nous. C'est pourquoi l'Eglise doit rejeter son visage homophobe pour prendre ton visage, Seigneur, et ouvrir les portes de ta maison à ces centaines de milliers de gays et lesbiennes qu'elle a condamnés, persécutés parfois, du moins laissés sur le bord du chemin.

Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu' à la fin (Jean, 13-1)
En tant que gays, nous devons prier pour que Dieu change les coeurs de nos dignitaires et de nos frères homophobes pour rendre enfin témoignage à la Vérité et qu'Il nous donne la force de nous engager pour construire d'autres visages d'Eglise.
Je vous laisse avec ces paroles de Saint Paul dans la lettre aux Galates (3, 28/29):
Il n'y a ni Juif, ni Grec, il n'y a ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme (et aujourd'hui on pourrait rajouter il n'y a ni hétérosexuel ni homosexuel) ; car tous vous ne faîtes qu'un dans le Christ Jésus. Mais si vous appartenez au Christ , vous êtes donc la descendance d'Abraham, héritiers selon la PROMESSE.
Ah si les conservateurs connaissaient le Don de Dieu.........(ils n'en reviendraient pas !)
Merci Seigneur pour mes frères S. et D. , pour Jean-Marc, pour Théo et mes frères et soeurs du groupe Lambda, pour le Père ....., pour le père Bernard . Et avec la bienheureuse Vierge Marie, je peux crier :
MAGNIFICAT ANIMA MEA DOMINUM !!
MON AME EXALTE LE SEIGNEUR !!
16:00 Publié dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

